Le scandale, marque de fabrique de Berlusconi

Faustine Vincent

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Silvio Berlusconi adore faire des blagues. Quand Barack Obama a été élu à la tête des Etats-Unis, le chef du gouvernement italien a ainsi salué un président «jeune, beau et bronzé». Mais aujourd'hui, le Cavaliere semble avoir été pris au piège de ses déclarations outrancières à répétition.

Vendredi dernier, lors d'un meeting en Sardaigne, Berlusconi a évoqué, à propos des «vols de la mort» sous le régime argentin de Jorge Rafael Videla, «ce dictateur qui, pour éliminer ses opposants, les mettait dans un avion avec un ballon et ouvrait ensuite la porte en disant : "C'est une belle journée dehors, allez jouer un peu". Ça vous fait rire, mais c'est dramatique.» Il faisait allusion aux dissidents jetés vivants depuis des avions pendant la dictature (1976-1983).

«Déformation» des propos?

L'Argentine n'a pas apprécié. Elle a fait part de son «malaise» et convoqué l'ambassadeur d'Italie. Une mesure jugée «absolument injustifiée» par la présidence du Conseil italien, qui dénonce la «déformation» des propos de Berlusconi.

La polémique est sans doute montée d'autant plus vite que le milliardaire est connu pour son humour douteux et son goût du scandale. En novembre dernier, sa remarque sur Obama avait provoqué les foudres de la gauche transalpine, et une pluie de mails d'excuses d'Italiens sur les sites Internet des médias américains évoquant l'affaire.

«S'il vous plaît, croyez-moi...»

Marco, un internaute de Milan, écrivait alors sur le site du «Times»: «Monsieur Obama, je suis vraiment désolé. S'il vous plaît, croyez-moi, tous les Italiens ne sont pas comme Berlusconi.» Raciste, le chef du gouvernement ? Pas du tout, a clamé le Cavaliere pour sa défense, c'était un « énorme compliment».

Berlusconi avait fait une autre sortie controversée en 2003 en affirmant que le fondateur du fascisme, Mussolini, n'avait «jamais tué personne. (Il) envoyait les gens en vacances en exil.» Selon Philippe Moreau-Defarges, chercheur à l'Ifri, «Berlusconi sait très bien ce qu'il fait» à travers ce type de déclarations.

«C'est une façon de faire plaisir à une partie de son électorat. C'est aussi dans sa nature, il veut se faire plaisir et provoquer, il a toujours été comme ça », explique-t-il, rappelant qu'« il a fait toute sa fortune sur le scandale». En Italie, l'homme divise. Mais, selon un sondage de l'institut IPR publié le 17 février, sa cote de popularité s'élève à 55 %.