Coronavirus en Inde : Des corps incinérés sur un parking de Delhi

EPIDEMIE Avec près de 350.000 nouveaux cas en une journée, du jamais-vu au niveau mondial, l’Inde ne parvient pas à juguler la flambée épidémique

20 Minutes avec AFP

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Des corps de victimes du coronavirus à Delhi, en Inde, le 26 avril 2021.
Des corps de victimes du coronavirus à Delhi, en Inde, le 26 avril 2021. — Jewel SAMAD / AFP

Confrontée à un record mondial de contaminations, l'Inde peine à trouver de la place pour enterrer ses morts, les crématoriums étant complètement saturés. A Delhi, les corps des personnes décédés du coronavirus sont incinérés sur un parking adjacent au crématorium.

« J’ai perdu le compte », soupire Sanjay, un prêtre administrant les derniers sacrements d’un énième défunt sur le parking d’un crématorium de Delhi. « Nous commençons au lever du soleil et les crémations se poursuivent au-delà de minuit », déclare-t-il, le regard perdu dans les flammes des bûchers et de tas de cendres fumantes qui, il y a peu, étaient des êtres humains avant que le Covid-19 les terrasse.

Les hôpitaux indiens saturés

Des familles se lamentent en silence sur le bord de la route de ce quartier défavorisé de la capitale, attendant le tour de leurs proches enveloppés dans des linges blancs et des guirlandes de soucis jaunes. Des sirènes d’ambulance qui charrient d’autres corps ne cessent de résonner. Les habitants des immeubles qui surplombent l’établissement subissent la puanteur des corps calcinés et les lamentations des familles en deuil.

Les hôpitaux indiens et leurs personnels sont mis à rude épreuve par cette deuxième vague dévastatrice de l’épidémie de coronavirus. Des gens meurent aux portes des hôpitaux ou chez elles, faute de lits, de médicaments et d'oxygène. Les crématoriums ne connaissent pas de trêve, leurs cheminées se fissurent et les armatures métalliques des fours finissent par fondre sous l’intensité de la chaleur. Le bois commence à manquer aussi dans certains établissements, des familles sont priées d’apporter leur propre combustible.

« Les corps ne cessaient d’affluer »

De nombreux crématoriums et cimetières affirment que le bilan officiel des décès dus au virus est loin de correspondre à la réalité, compte tenu de l’afflux de corps qu’ils voient défiler. Au cours des trois derniers jours, le crématorium de Seemapuri, dans le nord-est de Delhi, a organisé plus de 100 funérailles par jour et ne dispose plus de place désormais. « Nous avons essayé d’accueillir les crémations dans les allées et partout où nous pouvions trouver de l’espace, mais les corps ne cessaient d’affluer », raconte le coordinateur Jitender Singh Shanty, coiffé d’un turban jaune, vêtu d’une combinaison de protection bleue.

« Nous avons dû demander aux autorités de nous permettre d’étendre l’installation jusqu’au parking », ajoute le sikh, des flammes orange faisant rage sur des bûchers derrière lui à la fin du jour. Selon Jitender Singh Shanty, son crématorium a incinéré environ 600 corps depuis le début du mois, et les familles continuent d’attendre des heures avant de pouvoir accomplir les derniers rites mortuaires. « Si la situation ne s’améliore pas », ajoute-t-il, « nous pourrions être obligés de procéder aux crémations à même la route, puisque nous n’avons plus de place maintenant. »