Irak : Le bilan de l’incendie dans un hôpital à Bagdad monte à 82 morts

TRAGEDIE Le drame prend une tournure politique avec un gouvernement sous pression et la suspension du ministre de la Santé

20 Minutes avec AFP
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Intervention des pompiers à l'hopital Ibn al-Khatib à Bagdad, le 24 avril 2021.
Intervention des pompiers à l'hopital Ibn al-Khatib à Bagdad, le 24 avril 2021. — /AP/SIPA

Le bilan de l’incendie d’un hôpital dédié au Covid-19 à Bagdad continue de s’alourdir. « 82 personnes ont été tuées et 110 blessées », arrachées à leur respirateur, asphyxiées par les fumées ou carbonisées, selon un dernier bilan dimanche du ministère de l’Intérieur. La tragédie a valu une suspension au ministre de la Santé.

Tout a commencé dans la nuit de samedi à dimanche avec l’explosion de bouteilles d’oxygène « stockées sans respect des conditions de sécurité », selon des médecins de l’hôpital Ibn al-Khatib. Puis, les flammes ont dévoré des heures durant des faux plafonds non ignifugés sous lesquels des patients sous respirateur ont été brutalement arrachés à leur lit. « Il n’a fallu que trois minutes au feu pour gagner la plupart des étages », indique la Défense civile.

Trois jours de deuil national

Le bilan est aussi lourd car les pompiers ne sont pas immédiatement arrivés à l’hôpital, dans la périphérie agricole et reculée de Bagdad. « On a ressenti une explosion. Il y avait entre 140 et 150 personnes à l’hôpital. On a vu le feu et on a pu sauver personne », raconte, en larmes, Bakr Kazem en accompagnant le cercueil de son père. « La plupart des victimes sont mortes car elles ont été déplacées et privées de ventilateurs. D’autres ont été étouffées par la fumée », selon la Défense civile.

Depuis le drame, le hashtag « Démission du ministre de la Santé », resté aux abonnés absents depuis l’incendie, est en tête des mots-clés sur Twitter en Irak. Le Premier ministre Moustafa al-Kazimi, qui a proclamé trois jours de deuil national et attribué 10 millions de dinars (environ 5.700 euros) à chaque famille de victime, a répondu à moitié. Il a « suspendu » et « mis à la disposition des enquêteurs » le ministre de la Santé Hassan al-Tamimi. La même sanction a été appliquée au gouverneur de Bagdad et au patron de la Santé pour l’est de la capitale. Le directeur de l’hôpital et les chefs de la sécurité et de l’entretien technique d’Ibn al-Khatib, eux, ont été convoqués pour des interrogatoires.

Le Hezbollah met la pression

« Les résultats de l’enquête seront présentés sous cinq jours au gouvernement », selon un communiqué du bureau du Premier ministre. Le chef du gouvernement sait qu’il a face à lui en embuscade des pro-Iran qui ne cessent de l’attaquer : de nouveau dimanche soir, les plus radicaux, les brigades du Hezbollah, ont réclamé la démission de son gouvernement. Moustafa al-Kazimi a répondu sur Twitter qu’il fallait « éviter les jeux politiciens autour de cette catastrophe nationale ».

La colère vient de l’attribution de l’incendie à la négligence, qui va de pair avec la corruption endémique dans le pays, comme l’a noté le président de la République Barham Saleh. « La tragédie d’Ibn al-Khatib est le résultat d’années de sape des institutions de l’Etat par la corruption et la mauvaise gestion », a-t-il tweeté. La mission de l’ONU en Irak a pour sa part exprimé son « choc », tandis que le pape François a appelé à « prier » pour les victimes.