Le lanceur de chaussures sur bush devant la justice

IRAK Lancer une chaussure à la tête d'un président étranger relève-t-il d'une « tentative d'agression » ou d'une « agression caractérisée » ?

Faustine Vincent

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La cour criminelle d'Irak devra trancher à partir d'aujourd'hui lors de l'ouverture du procès de Mountazer al-Zaïdi. Le 14 décembre dernier, ce journaliste irakien de 30 ans s'était rendu célèbre à la vitesse du son en lançant ses chaussures sur le président américain George W. Bush pendant une conférence de presse à Bagdad. Joignant la parole au geste, l'insulte «c'est le baiser d'adieu du peuple irakien, espèce de chien» résonna aussitôt sur toutes les chaînes du monde et sur le Net, devant les yeux ébahis - tantôt ravis, tantôt outrés - de dizaines de millions de personnes.

Dans le monde arabe, al-Zaïdi, journaliste sur la chaîne de télévision sunnite Al-Baghdadia, accède en quelques instants au statut de héros. Hormis le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, qui condamne un «acte honteux», l'homme est acclamé pour avoir «vengé» un peuple assommé par «l'occupation américaine» en Irak depuis 2003. A Tikrit, au nord de Bagdad, une statue de deux mètres en forme de chaussure géante est érigée pour lui rendre hommage. La fille du dirigeant libyen Muammar Kadhafi, Aïcha, lui décerne la «médaille du courage» au nom de l'association caritative qu'elle préside, «parce que (Zaïdi) symbolise la victoire des droits de l'homme à travers le monde».

A-t-il été torturé?

Le lancer de chaussures fait aussi des émules. Sur Internet, les parodies se multiplient. Dans la vraie vie, plusieurs représentants politiques esquivent à leur tour des jets de souliers, notamment de la part d'étudiants. C'est le cas du Premier ministre chinois, Wen Jiabao, lors d'une conférence à l'université de Cambridge, mais aussi de l'ambassadeur d'Israël en Suède, Benny Dagan, ou du leader du conseil Otan-Ukraine à Odessa, Oleg Soskin.

Pendant ce temps-là, Mountazer al-Zaïdi est détenu en prison en Irak. La polémique enfle: a-t-il été torturé après son arrestation ? Son frère l'affirme, le juge d'instruction dément. Une date est fixée pour son procès, puis ajournée. Lors de son ouverture aujourd'hui, le journaliste, qui «déteste Bush et les Etats-Unis», selon son frère, devrait plaider la «liberté d'expression». Il encourt de cinq à quinze ans de prison si le tribunal, situé dans la «zone verte» de la capitale irakienne, retient le qualificatif d4«agression caractérisée», et de un à cinq ans s'il estime qu'il ne s'agit que d'une «tentative d'agression».