Quand la peine de mort coûte trop cher

JUSTICE Une dizaine d'Etats américains cherchent à abolir la peine capitale qui grève leurs budgets en pleine crise économique...

A G. (avec agence)

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"La décision de la Cour suprême est vraiment choquante, l'importance des preuves de l'innocence de Troy Davis n'aura pas l'occasion d'être examinée", a immédiatement réagi, dans un communiqué, Larry Cox, directeur exécutif d'Amnesty international aux USA.
"La décision de la Cour suprême est vraiment choquante, l'importance des preuves de l'innocence de Troy Davis n'aura pas l'occasion d'être examinée", a immédiatement réagi, dans un communiqué, Larry Cox, directeur exécutif d'Amnesty international aux USA. — Alex Wong AFP/Getty Images/Archives

On savait que la récession économique touchait de plein fouet les Etats-Unis. Mais peut-être pas au point de mettre en cause la peine de mort, autorisée par 36 Etats américains sur 50. Ainsi, une dizaine d'Etats, tels que le Montana, le Kansas, le Nebraska ou encore le Nouveau-Mexique, examinent des projets de loi afin d'abolir la peine capitale en vigueur sur leur territoire. Pour cause de budgets insuffisants.

Car la condamnation à mort coûte parfois jusqu'à dix fois plus cher que la condamnation à la prison à vie. Outre un procès plus complexe et plus long, les procédures d'appel durent des années et, la plupart du temps, les condamnés sont défendus par des avocats payés par l'Etat. Sans compter l'entretien d'un couloir et d'une chambre de la mort, plus onéreux en terme de surveillance notamment.

Tendance nationale

Par exemple, le bénéfice d'une abolition de la peine de mort au Nouveau-Mexique, Etat qui a procédé à une seule exécution depuis trente ans et compte deux personnes dans son couloir de la mort, serait de plus d'un million de dollars.

«Il est inhabituel de voir une telle floraison d'activité législative sur la peine de mort», explique Steve Hall, qui dirige l'organisation abolitionniste StandDown. Et de justifier: «La question du coût est résolument une de celle que les législateurs étudient à cause de la sérieuse récession économique: ils cherchent des moyens de réduire les dépenses et de se sortir du déficit.»

Les Etats qui cherchent à abolir la peine capitale sont ceux qui ont exécuté très peu de condamnés depuis 30 ans, mais il s'agit néanmoins d'une «tendance nationale», estime Steve Hall.

Remplacer l'injection mortelle par la perpétuité

Dans le Montana, le Sénat a voté lundi une proposition de loi abolitionniste, alors qu'aucun projet n'avait jamais dépassé le stade de la lecture en commission. Si le travail législatif est loin d'être terminé, la perpétuité pourrait remplacer l'injection mortelle dès cette année. Le couloir de la mort de l'Etat accueille aujourd'hui deux condamnés mais seulement trois personnes ont été exécutées depuis 1976, selon le Centre d'informations sur la peine de mort (DPIC).

Au Kansas, où aucune exécution n'est intervenue depuis 1976 mais où neuf hommes croupissent dans le couloir de la mort, l'aspect financier prime aussi sur toute considération judiciaire. C'est une élue républicaine qui a introduit une proposition de loi interdisant toute condamnation à mort à partir du 1er juillet afin de combler le déficit de l'Etat.

Les élus du Nebraska, du Nouveau-Mexique, du New Hampshire et du Maryland examinent également des lois abolitionnistes tandis que l'Oklahoma et l'Utah envisagent de la limiter.