Génocide au Rwanda : La France « porte une lourde responsabilité », estime un rapport rwandais

GENOCIDE Le génocide commis entre avril et juillet 1994 au Rwanda a fait environ 800.000 morts

Manon Aublanc

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Des fleurs en hommage aux victimes du génocide du Rwanda, le 6 avril 2019 à Kigali.
Des fleurs en hommage aux victimes du génocide du Rwanda, le 6 avril 2019 à Kigali. — Yasuyoshi CHIBA / AFP

La France « porte une lourde responsabilité » dans le génocide «prévisible» des Tutsi en 1994 au Rwanda et refuse toujours de reconnaître son rôle dans cette tragédie​, a estimé un rapport commandé par Kigali et publié ce lundi.

« Notre conclusion est que l’État français porte une lourde responsabilité pour avoir rendu possible un génocide prévisible », affirme le cabinet d’avocats américain chargé par le gouvernement rwandais de cette enquête sur le rôle de la France, Levy Firestone Muse.

« Un soutien indéfectible »

Dans son enquête, le cabinet estime par ailleurs que la France savait qu’un génocide se préparait mais a continué à apporter «un soutien indéfectible» au régime du président hutu Juvénal Habyarimana. Ce soutien a perduré même lorsque « leurs intentions génocidaires étaient devenues patentes ». Le rapport de près de 600 pages n’a pas pu établir de preuves quant à la participation de responsables ou du personnel français aux tueries, entre avril et juillet 1994.

Mais il rejette l’idée que Paris était « aveugle » face au génocide qui se préparait, comme l'a récemment estimé le rapport de l'historien français Vincent Duclert, remis fin mars au président français Emmanuel Macron, qui l’avait commandé. La commission Duclert a conclu que si « rien ne vient démontrer » qu’elle s’est rendue complice, la France porte des « responsabilités lourdes et accablantes » dans la tragédie, notamment en étant « demeurée aveugle face à la préparation » du génocide.

« L’Etat français n’a toujours pas reconnu son rôle »

Le rapport du cabinet américain souligne de son côté que la France a été un « collaborateur indispensable dans l’établissement d’institutions qui deviendraient des instruments du génocide ». « Aucun autre État étranger n’avait connaissance du danger représenté par les extrémistes rwandais tout en appuyant ces mêmes extrémistes (…) Le rôle du pouvoir français a été singulier. Pourtant, l’Etat français n’a toujours pas reconnu son rôle et ne s’en est toujours pas officiellement excusé », peut-on y lire.

Les auteurs du rapport accusent également la France d’avoir fait obstruction à leur enquête en ignorant ses demandes de documents. Le rôle de la France dans le génocide empoisonne depuis des années les relations entre Paris et Kigali. Le président Paul Kagame, qui a pris la tête du Rwanda après le génocide, a salué après sa sortie le rapport français, estimant qu’il s’agissait d’un « important pas en avant ».

La présidence française se félicite

Le rapport publié par le Rwanda sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi en 1994 et la réaction de Kigali excluant la complicité de Paris ouvrent « un espace politique nouveau » pour « se projeter vers un avenir commun », a réagi lundi la présidence française.

La France se félicite également que les autorités rwandaises excluent des poursuites judiciaires, par la voix de leur ministre des Affaires étrangères, Vincent Biruta, interviewé par le journal Le Monde, souligne-t-on à l’Elysée.