Italie : Un auteur présumé de l’attentat meurtrier de Bologne en 1980 devant la justice

PROCES L’attentat avait fait 85 morts et 200 blessés

J.-L.D. avec AFP

— 

Paolo Bellini, accusé d'avoir participé à l'attentat de Bologne
Paolo Bellini, accusé d'avoir participé à l'attentat de Bologne — ANSA/AFP

Un exécutant présumé de l'attentat de la gare de Bologne, qui avait fait 85 morts en 1980, a comparu ce vendredi à l’ouverture de son procès, plus de 40 ans après la tragédie attribuée à la nébuleuse violente d'extrême droite.

L’attentat le plus sanglant des années de plomb en Italie s’était produit à 10h25 le 2 août 1980, dans la salle d’attente bondée des secondes classes, soufflée par l’explosion d’une valise piégée.

Deux cents blessés

« Je me sens comme Sacco et Vanzetti », a déclaré Paolo Bellini à son arrivée au tribunal de Bologne, en référence aux anarchistes d’origine italienne Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti exécutés en 1927 aux Etats-Unis et réhabilités un demi-siècle plus tard.

Le maire de Bologne, Virginio Merola, et des proches de victimes (l’attentat a fait 200 blessés) étaient également présents à l’ouverture de l’audience, selon les agences italiennes. « Ce massacre, qui avait pour but de saboter la démocratie italienne, a frappé les victimes, la ville et l’Italie tout entière », a déclaré un avocat des parties civiles, Andrea Speranzoni, cité par l’agence Ansa.

Ancien militant néo-fascite

Quatre membres du groupuscule néo-fasciste Noyaux armés révolutionnaires (NAR) ont été condamnés à la perpétuité en tant qu’exécutants de l’attentat : Valerio Fioravanti, Francesca Mambro et Gilberto Cavallini à la perpétuité, Luigi Ciavardini, mineur à l’époque des faits, à 30 années de prison.

Mis en cause quatre décennies après les faits par les magistrats désormais en charge de ce dossier tentaculaire, Paolo Bellini est, lui, un ancien militant de l’organisation néo-fasciste Avanguardia Nazionale et tueur repenti de la 'Ndrangheta, la mafia calabraise. Selon l’accusation, une photo notamment le situe à Bologne le matin de l’attentat – ce que sa défense récuse – et sa femme a fourni un faux alibi.

Terrorisme rouge et noir

Plusieurs autres prévenus, dont des membres des services de renseignement militaire italien, ont été condamnés à des peines plus légères, de sept à 10 ans de prison, pour entrave à la justice, ayant ralenti la recherche de la vérité. Les familles des victimes et de nombreux Italiens pensent que les condamnés ne sont que des exécutants et que les vrais commanditaires restent inconnus et impunis.

L’Italie a connu à partir des années 1960 une flambée de violence qui a fait des centaines de victimes. Outre les assassinats mafieux et les enlèvements crapuleux, les groupes radicaux d’extrême gauche et d’extrême droite multipliaient les attentats et assassinats ciblés. Face au « terrorisme rouge », le « terrorisme noir » suivait une « stratégie de la tension » destinée à favoriser l’émergence d’un régime politique autoritaire.