Deux juges ripoux payés pour mettre des mineurs en prison

ETATS-UNIS Ils ont touché au total près de 2,6 millions de dollars de la part de prisons privées pour remplir les cellules...

MD avec agence

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Le système était bien rodé. Deux juges américains se faisaient payer des pots-de-vin par des établissements pénitentiaires privés de Pennsylvanie, en échange de la mise en détention ou en camp disciplinaire de jeunes mineurs pour des délits sans rapport avec leur peine.

Comme par exemple ce jeune garçon, dont le témoignage a été récolté par l'ONG Juvenile Law Center, qui a été envoyé 9 mois en détention pour avoir volé un flacon d'épices de noix de muscade d'une valeur de 4 dollars. Au total, ils sont admis avoir touché plus de 2,6 millions de dollars entre 2000 et 2007.

C'est grâce à des témoignages comme celui-ci que le pot aux roses a été découvert. Le Juvenile Law Center, basé à Philadelphie va maintenant déposer les plaintes de plusieurs dizaines de familles, après qu'elles ont appris que leur enfant avait été envoyé injustement en détention, a indiqué une porte-parole lundi. Plusieurs plaintes de familles ont déjà été déposées séparément.

Plus de 5.000 adolescents victimes des deux magistrats

Les plaintes en nom collectif s'accumulent contre ces deux juges de Pennsylvanie qui ont reconnu devant la justice la semaine dernière, avoir «conclu un accord pour garantir la fourniture de jeunes délinquants» auprès d'une société privée d'exploitation de prisons, PA Child Care. Les juges Mark Ciavarella et Michael Cohahan sont accusés de conspiration pour fraude contre les Etats-Unis devant un tribunal fédéral de Pennsylvanie.

Au total, plus de 5.000 adolescents ont été jugés coupables au cours de cette période par les deux juges qui opéraient dans le comté de Luzerne, une ancienne région minière pauvre à majorité blanche. Et plus de 2.000 ont été envoyés en détention, a précisé Marie Roda, porte-parole du Juvenile Law Center.

Issus de familles défavorisées et peu instruites, «les jeunes étaient des cibles faciles. Beaucoup d'entre eux n'avaient même pas d'avocats et quand ils demandaient un avocat commis d'office, on leur disait qu'il faudrait attendre des semaines», en prison, a-t-elle indiqué. «Nous devrions représenter (devant la justice) plusieurs dizaines de familles au moins mais nous ne savons pas encore combien exactement signeront la plainte», a précisé le Juvenile Law Center.

Laver les casiers judiciaires

En reconnaissant leur culpabilité, les deux juges, qui ont été laissés en liberté, ont admis risquer un minimum de 7 ans de prison. Le juge fédéral peut toutefois les condamner à une peine supérieure, allant jusqu'à 25 ans de détention. Leur jugement ne devrait pas intervenir avant plusieurs mois.

«Les familles n'arrêtent pas d'appeler depuis que l'affaire est sortie» début février, «mais certaines d'entre elles ne se pourvoiront pas en justice parce qu'elles veulent juste en finir et obtenir de laver le casier judiciaire de ces jeunes qui n'auraient jamais dû finir en prison, voire au tribunal», a indiqué la porte-parole du Juvenile Law Center.

La Cour suprême de Pennsylvanie a nommé mercredi un juge spécial, issu d'une autre région, qui va revoir tous les cas traités par ces juges corrompus.