Evêque intégriste: Retour sur un «fiasco administratif» au Vatican

RELIGION Depuis plus de trois semaines, la polémique enfle autour des propos de l'évêque négationniste réintégré par Benoît XVI...

Maud Descamps

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La vive polémique provoquée par la levée de l'excommunication de l'évêque intégriste et négationniste Richard Williamson, particulièrement en Israël et au sein de la communauté juive, avait semé le doute sur le maintien de la visite en Israël du pape.
La vive polémique provoquée par la levée de l'excommunication de l'évêque intégriste et négationniste Richard Williamson, particulièrement en Israël et au sein de la communauté juive, avait semé le doute sur le maintien de la visite en Israël du pape. — Juan Mabromata AFP/Todos Noticias/Archives
La décision de Benoît XVI: Tout commence le 24 janvier dernier, lorsque le pape lève le décret d'excommunication qui touche quatre évêques de la lignée Lefebvriste. Une branche intégriste réunie au sein de la Fraternité Pie X qui rejette le concile Vatican II. Une démarche qui s'inscrit dans la volonté de réunification de l'Eglise catholique voulue par le pape.


Le propos de Richard Williamson: Parmi les quatre évêques intégristes figure le Britannique Richard Williamson. Deux jours avant le décret pontifical levant son excommunication, il déclare à une télévision suédoise: «Je crois qu'il n'y a pas eu de chambres à gaz (...) Je pense que 200.000 à 300.000 Juifs ont péri dans les camps de concentration mais pas un seul dans les chambres à gaz». Des propos négationnistes qui déclenchent immédiatement des réactions de la part des communautés religieuses et politiques.



Le pape ne lit-il pas les journaux? Personne ne comprend alors comment le pape a pu ordonner la levée de l'excommunication d'un prêtre négationniste. Le Vatican, resté muet pendant deux semaines, réagit alors dans un communiqué le 4 février. Selon le secrétariat d'Etat du Vatican, les déclarations faites par l'évêque n'étaient «pas connues» du pape «au moment de la levée de l'excommunication». Y aurait-il eu un couac au sein de son service de presse? Benoît XVI n'aurait pas eu échos de la polémique qui nourrit alors les journaux depuis quinze jours. Une explication tout à fait plausible pour les spécialistes de l'Eglise qui estiment «moins efficace» la direction de la communication du Saint-siège que sous Jean Paul II.

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Williamson doit «prendre ses distances» avec ses propos: Le pape demande aussitôt à l'évêque intégriste négationniste de «prendre sans équivoque et publiquement ses distances» avec ses déclarations sur la Shoah avant d'être admis aux fonctions épiscopales dans l'Eglise catholique. Outre les propos négationnistes de Mgr Williamson, c'est l'attitude ou plutôt le manque de réaction claire de la part du saint-siège qui déclenche de vives critiques. Si Richard Williamson a exprimé ses «regrets sincères» pour les «souffrances» causées au pape par ses «remarques imprudentes», dans une lettre publiée sur son site Internet, le saint père ne lui demande pas clairement de revenir sur ses propos.

Les intégristes lâchent Williamson: La réaction du pape est également jugée décevante par la chancelière allemande. Angela Merkel estime que la solidarité exprimée par le pape vis-à-vis de la communauté juive est une «clarification insuffisante». La Fraternité Saint Pie X, à laquelle appartient l'évêque, réagit de son côté dans un communiqué en affirmant que les affirmations négationnistes de Williamson «ne reflètent aucunement» les positions de la congrégation et le relève de ses fonctions de directeur de son séminaire de La Reja à Buenos Aires en Argentine.

La démarche jusqu'au-boutiste du pape: Malgré l'ampleur de la polémique et la réaction plutôt radicale de la Fraternité Pie X, Benoît XVI ne revient pas sur sa décision. «Il ne le fera pas car il est dans une logique de la "main tendue"», expliquait Nicolas Senèze, auteur de «La crise intégriste: vingt ans après le schisme de Mgr Lefebvre», récemment interviewé sur 20minutes.fr. «Lorsqu'il était encore le cardinal Ratzinger, Benoît XVI a été chargé, par Jean Paul II, des discussions avec Mgr Lefebvre pour trouver un terrain d'entente afin de revenir à une église unifiée. Mais les discussions qui n'ont jamais abouties sont restées un véritable échec pour lui. D'où cette volonté, aujourd'hui de réintégrer ces évêques».

Le dialogue inter-religieux n'en souffre pas: Alors que le pape annonce un voyage en mai prochain en Israël, le rabbin Rosen chargé du dialogue inter-religieux au grand rabbinat d'Israël déclare, dans un entretien à «La Croix» daté du 12 février: «Maintenant qu'elle est résolue, nous pouvons considérer cette crise comme un fiasco administratif qui a causé deux semaines de trouble, et qui est désormais derrière nous (…) Dans le sillage de cet épisode, il est encore plus important pour les relations judéo-catholiques que le pape visite Israël et la Terre sainte».

La théorie du complot: Si la communauté juive semble prête à passer au-dessus de cette «maladresse», la Fraternité Pie X, elle, ne démord pas. Mgr Bernard Fellay, supérieur de la Fraternité, voit dans la diffusion des propos négationnistes une instrumentalisation orchestrée par les progressistes du Vatican pour empêcher la réconciliation avec les intégristes. Bernard Fellay se dit «surpris par la rapidité» de la publication du décret par le Vatican estimant qu'au cours des six derniers mois, les relations avec Rome avaient été «plutôt froides». Pour lui, il existe à Rome une «coalition de ce qui est progressiste ou de gauche qui utilise les propos malheureux de Mgr Williamson pour obliger Rome à revenir en arrière sur ce début de quelque chose» en direction de la Fraternité.

Un désaccord majeur persiste: Bien que la polémique semble s'essouffler, les désaccords entre le Vatican et les intégristes sont loin d'être résolus. L'abbé Régis de Carqueray-Valmenier, supérieur du district de France de la Fraternité définit, pour sa part, Vatican II comme une «catastrophe inouïe qui s'est produite dans l'Eglise» mais affirmé ne pas douter pas que Rome puisse modifier sa position. «Le mur de Berlin est tombé, les statues de Staline ont été déboulonnées, pourquoi ne pas remettre en cause les textes de Vatican II», a-t-il résumé. Benoît XVI semble donc encore loin de la réunification tant souhaitée de l'Eglise catholique.