Mort de George Floyd : Un décès dû à « un faible niveau d’oxygène » causé par le poids de Derek Chauvin, témoigne un pneumologue

PROCES Un expert respiratoire a accablé les policiers, qui ont continué d'immobiliser George Floyd plus de 3 minutes après son dernier souffle

Philippe Berry

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Les policiers Derek Chauvin et Alex Kueng immobilisant George Floyd le 25 mai 2020 (images de la bodycam de l'agent Thomas Lane).
Les policiers Derek Chauvin et Alex Kueng immobilisant George Floyd le 25 mai 2020 (images de la bodycam de l'agent Thomas Lane). — Police

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Le souffle de George Floyd est devenu court. Le sang affluant à son cerveau s’est appauvri en oxygène. George Floyd a perdu connaissance. Son cœur s’est arrêté. Il est décédé. Avec minutie, un pneumologue a livré une analyse accablant Derek Chauvin et ses collègues, jeudi, au 9e jour du procès de l’ex-policier. Et il a fermement remis en doute la thèse de la défense d’une mort en partie provoquée par une overdose de fentanyl.

Martin Tobin, un pneumologue renommé, est l’un des experts appelés à la barre par l’accusation. Il a analysé les 9 minutes et 26 secondes pendant lesquelles George Floyd a été immobilisé au sol, le cou compressé par le genou de Derek Chauvin. Le procureur a souligné qu’il n’a pas été rémunéré pour son expertise, comme c’est souvent le cas, afin de dissiper tout doute sur ses motivations.

Une mort par asphyxie

L’expert a insisté, le décès de George Floyd est dû « à un faible niveau d’oxygène » causé par des difficultés à respirer, ce qui « a endommagé son cerveau et provoqué une arythmie qui a causé un arrêt du cœur ». Même s’il n’aime pas ce terme ambigu, il concède que certains qualifient le phénomène « d’asphyxie » ou « d’hypoxie ».

Ce faible niveau d’oxygène a été causé, selon lui, par une « respiration superficielle », à coup de « petites inspirations » limitées par « les forces exercées » sur George Floyd. Les principales étant « la position à plat ventre contre la chaussée », avec l’estomac qui comprime les poumons, les « mains menottées » avec les bras derrière lui, et « un genou sur son cou, un sur son dos et un sur son côté ».

Pour l’accusation, il s’agit d’un témoignage-clé qui conforte une seconde autopsie effectuée à la demande de la famille de George Floyd, qui a conclu à une mort par « asphyxie ». L’autopsie du médecin légiste, elle, a conclu une cause plus générique « d’arrêt cardio-pulmonaire », listant toutefois la « compression du cou » comme facteur principal.

La thèse de l’overdose écartée par l’expert

Calme et précis, Martin Tobin a guidé le jury, notamment en commentant plusieurs vidéos. Il note que par moments, Derek Chauvin lève son pied gauche du sol, mettant ainsi « la moitié de son poids » sur George Floyd, soit environ 45 kilos.

La défense tente de lui faire reconnaître que ses conclusions sont basées « sur de nombreuses hypothèses et estimations ». « Tout ou presque est calculable », riposte l’expert. Preuve à l’appui, il compte les respirations de George Floyd dans les derniers instants, en faisant remarquer au jury que ses bras menottés s’élèvent légèrement à chaque inspiration. « 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 ». Cela représente donc une « fréquence respiratoire normale » de 22 cycles par minute.

En clair, George Floyd inspire moins profondément mais à une vitesse normale. Pour l’expert, c’est là la preuve qu’il n’est pas en train de faire une overdose de fentanyl, comme l’affirme la défense en se basant sur le taux élevé de cet opioïde mesuré dans son sang. Selon Martin Tobin, en cas d’overdose, « le fentanyl ralentit la fréquence respiratoire d’environ 40 % ». Une personne en cours d’overdose respire donc à un rythme d’environ « 10 cycles par minute ».

L’expert estime que George Floyd a perdu connaissance après six minutes d’immobilisation, à 20h25. Trente secondes plus tard, « il n’y a plus d’oxygène dans son corps ». Selon les calculs du pneumologue, Derek Chauvin a donc continué de maintenir son genou sur le cou de George Floyd plus de trois minutes après son dernier souffle.