Mozambique : Trois questions pour comprendre la menace djihadiste dans ce pays du sud de l'Afrique

TERRORISME Depuis plusieurs jours, des groupes djihadistes sèment le chaos dans la province du Cabo Delgado

Thibaut Chevillard

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Le 24 mars, des groupes armés ont attaqué Palma, une ville portuaire à l'Est du Mozambique, tuant des dizaines de civils, policiers et militaires.
Le 24 mars, des groupes armés ont attaqué Palma, une ville portuaire à l'Est du Mozambique, tuant des dizaines de civils, policiers et militaires. — OHN WESSELS / AFP
  • Palma, petit port du nord-est du Mozambique, est tombé aux mains de commandos djihadistes après une attaque revendiquée par Daesh lundi.
  • Cette attaque est survenue à seulement 10 km d’un mégaprojet gazier de plusieurs milliards d’euros piloté par le groupe français Total.
  • Des groupes armés, connus localement sous le nom d’Al-Shabab («les jeunes », en arabe), ravagent la province pauvre mais riche en gaz du Cabo Delgado depuis plusieurs années. « La violence couve depuis au moins quatre ou cinq ans, donc ce n’est pas une surprise pour les observateurs », explique Romain de Calbiac, enseignant à la Sorbonne sur les questions de contre-terrorisme.
  • L’armée mozambicaine a lancé mercredi une offensive pour tenter de reprendre la ville de Palma, aux mains des rebelles depuis samedi.

Des dizaines de morts, des milliers de rescapés. Le 24 mars, des groupes armés ont attaqué Palma, une ville portuaire située au nord-est du Mozambique, tuant des dizaines de civils, policiers et militaires. Le raid, lancé à seulement quelques kilomètres d’un vaste projet gazier piloté par le groupe français Total, a été revendiqué par Daesh. Des milliers de personnes ont été obligées de fuir après la dernière attaque.

En une semaine, quelque 8.100 personnes ont ainsi quitté la ville pour gagner les districts environnants, selon l’ONU. « La violence couve depuis au moins quatre ou cinq ans, donc ce n’est pas une surprise pour les observateurs », explique Romain de Calbiac, enseignant à la Sorbonne sur les questions de contre- terrorisme. 20 Minutes fait le point sur la situation.

Qui sont les djihadistes qui ont mené ces attaques ?

Environ un cinquième des habitants de ce pays du sud de l’Afrique sont de confession musulmane. Ils se concentrent essentiellement le long de la côte, dans la province du Cabo Delgado, où se déroulent les violences. L’identité du groupe qui sévit dans cette ancienne colonie portugaise « n’est pas réellement connue », détaille Romain de Calbiac. « On ne sait pas comment a commencé à se constituer ce groupe. »

L’enseignant avance deux hypothèses possibles. La première, celle de violences commises « par des militants islamistes venus de Tanzanie après avoir été chassés par l’armée tanzanienne ». Ces groupes auraient alors « fait le choix de s’attaquer plus spécifiquement au Mozambique car le pays est beaucoup plus faible militairement et le terrain beaucoup plus propice ».

Seconde hypothèse, ces djihadistes tanzaniens se seraient rapprochés de « sectes très radicales » nées dans cette région du Mozambique, majoritairement peuplée par des musulmans. Des groupes « qui se rapprochent un peu, dans leur logique collective, de ce qu’on a pu voir au Nigeria avec Boko Haram » et dont certains ont basculé dans la violence dès 2015.

Les groupes armés qu’ils constituent, connus localement sous le nom d’Al-Shabab, sont liés à l’État Islamique en Afrique Centrale, même si les djihadistes venus de Tanzanie et du Kenya ont plutôt été influencés, dans le passé, par Al-Qaïda. En revanche, on ne trouve pas de combattants originaires d’autres régions d’Afrique ou d’Europe, comme cela a été le cas en Syrie et en Irak.

Les intérêts occidentaux sont-ils visés ?

« Les intérêts occidentaux ne sont pas visés au premier chef », car les djihadistes « sont essentiellement et prioritairement en lutte contre l’Etat mozambicain », estime Romain de Calbiac. Mais « ils vont commencer à l’être car, entre le moment où l’insurrection a commencé à monter et aujourd’hui, ils sont beaucoup développés dans cette province, notamment dans le domaine de l’énergie ».

En revanche, la crainte existe de voir Daesh constituer des cellules terroristes de recrutement ou de propagande, voire plus opérationnelles « dans d’autres provinces du Mozambique ». Le spécialiste n’exclut pas « qu’à terme, des attentats revendiqués par l’Etat islamique soient commis dans d’autres grandes villes du pays ».

Existe-t-il un risque de propagation du conflit à d’autres pays de la région ?

« Le mouvement semble trop occupé militairement à lutter pour garder le contrôle d’une zone qu’il a acquise », assure Romain de Calbiac. Toutefois, le « risque de contagion régionale existe ». « La Tanzanie est aujourd’hui exposée », tout comme potentiellement l’Afrique du Sud.