Birmanie : Plus de 500 civils ont été tués depuis le coup d’Etat, selon une ONG

MANIFESTATIONS L’ONG estime que ce bilan est « probablement beaucoup plus élevé » alors que des centaines de personnes restent portées disparues

20 Minutes avec AFP

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Les funérailles d'un manifestant contre la junte militaire, le 29 mars 2021 à Taunggyi en Birmanie.
Les funérailles d'un manifestant contre la junte militaire, le 29 mars 2021 à Taunggyi en Birmanie. — AFP

Le bilan s’alourdit de jour en jour en Birmanie. Selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP), plus de 500 civils ont été tués depuis le coup d’Etat militaire du 1er février dans le pays. Parmi eux, de nombreux étudiants et adolescents.

« Nous avons confirmé 510 décès », a indiqué l’ONG qui précise que le bilan « est probablement beaucoup plus élevé ». Et des centaines de personnes, arrêtées ces deux derniers mois, sont portées disparues. Le bilan a été particulièrement lourd samedi, « journée des forces armées birmanes », avec plus de 110 personnes tuées, dont sept mineurs.

Malgré la répression meurtrière, les manifestants sont descendus à nouveau dans les rues lundi. Quatorze civils ont péri, notamment dans l’est de Rangoun la capitale économique, d’après l’AAPP. Des funérailles ont été organisées pour les victimes des derniers jours et des foules importantes ont entouré les cercueils, certains saluant à trois doigts en signe de résistance.

Tirs sur des groupes armés

Face à ce bain de sang, plusieurs factions rebelles ont menacé mardi de prendre les armes contre la junte. Si les forces de sécurité "continuent à tuer des civils, nous collaborerons avec les manifestants et nous riposterons", ont-elles écrit dans un communiqué commun signé notamment par l’Armée d’Arakan (AA), un groupe armé fort de plusieurs milliers d’hommes et doté de moyens très importants.

Depuis l’indépendance de la Birmanie en 1948, une multitude de groupes ethniques est en conflit avec le gouvernement central pour obtenir plus d’autonomie, l’accès aux nombreuses richesses naturelles du pays ou une part du lucratif trafic de drogue.

L’armée avait conclu ces dernières années un cessez-le-feu avec certains. Elle avait même retiré mi-mars l’AA de sa liste des organisations terroristes. Mais ce week-end, la junte a lancé des raids aériens dans le sud-est du pays, ciblant l’un des plus grands groupes armés, l’Union nationale karen (KNU), après que cette dernière s’est emparée d’une base militaire, tuant plusieurs soldats. Il s’agit des premières frappes de ce type dans cette région depuis 20 ans.

Désaccords internationaux

Washington a annoncé la suspension immédiate de l’accord-cadre sur le commerce et les investissements conclu en 2013 avec la Birmanie, et ce jusqu’au rétablissement d’un gouvernement « démocratiquement élu ». La France a dénoncé « la violence aveugle et meurtrière » du régime et exigé la libération de « tous les prisonniers politiques » notamment Aung San Suu Kyi, toujours mise au secret. Londres a pour sa part demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, qui se déroulera mercredi à huis clos.

Mais les généraux birmans ont jusqu’à présent fait la source oreille aux protestations et aux sanctions occidentales. Ils ont pu aussi compter sur les divisions de la communauté internationale : la Chine et l’Inde ont refusé de condamner formellement le coup d’Etat. La Russie maintient ses liens étroits avec la junte : le vice-ministre de la Défense Alexander Fomin a participé samedi au défilé annuel des forces armées birmanes.

Le Kremlin s’est certes inquiété du nombre « croissant » des morts, mais a déclaré que la Birmanie restait un « allié fiable et un partenaire stratégique » avec lequel il souhaite renforcer ses relations militaires. Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a exhorté la communauté internationale à « plus d’unité » et « plus d’engagement » pour faire pression sur la junte.