Indonésie : Après l’attaque d’une cathédrale, les chrétiens sont-ils en danger en Asie du Sud-Est ?

ATTAQUE L’attaque d’une cathédrale ce dimanche en Indonésie n’est pas la première, elle s’inscrit dans toute une série d’exactions ou de pressions sur les chrétiens et chrétiennes d’Asie

R. G.-V.

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Près de la cathédrale de Makassar, en Indonésie.
Près de la cathédrale de Makassar, en Indonésie. — Yusuf Wahil/AP/SIPA

Il n’y a pas eu de morts ou de mortes ce dimanche devant la cathédrale de Makassar, en Indonésie, où un attentat a eu lieu à la sortie de la messe. Mais le symbole est là : l’attaque a eu lieu le dimanche des Rameaux, alors qu’arrive la fête de Pâques, la plus importante dans le calendrier chrétien. Les chrétiens et chrétiennes, de toutes obédiences, sont moins présentes qu’ailleurs sur la planète en Asie du Sud-Est. Le plus souvent minoritaire, le nombre de fidèles se compte néanmoins en dizaines de millions dans certains pays. Ce qui ne les protège pas toujours : 20 Minutes a voulu en savoir plus sur la situation des chrétiens et chrétiennes en Asie.

Quels sont les précédents ?

Ce n’est pas une première fois ces dernières années que des chrétiens et chrétiennes sont attaqués dans la région. Même pas en Indonésie. En mai 2018, une famille de six personnes, dont deux filles de 9 et 12 ans et deux fils de 16 et 18 ans, proches de la mouvance islamiste, avaient déclenché des bombes contre trois églises de Surabaya, la deuxième ville du pays, tuant plus d’une dizaine de fidèles.

Le drame de ce dimanche rappelle aussi étrangement les attentats de la Pâques 2019 au Sri Lanka. Le 21 avril d’il y a deux ans, plus de 250 personnes sont mortes dans une série de huit attaques terroristes islamistes, à quelques heures d’intervalle mais coordonnées. Les cibles étaient des ressortissants et ressortissantes occidentales mais aussi des chrétiens et chrétiennes puisque des églises en pleine messe avaient été attaquées. Peu avant, une cathédrale avait été prise pour cible en janvier 2019 à Jolo aux Philippines. L’attaque avait fait 20 morts et mortes.

Pour quelles raisons les chrétiens et chrétiennes sont en danger ?

Pour l’ONG Aide à l’Eglise en détresse citée dans La Croix, les chrétiens d’Asie du Sud sont sous la menace d'« une triade de menaces » : « l’extrémisme musulman, le nationalisme agressif et les régimes autoritaires ». Dans les principaux cas cités, c’est le terrorisme islamiste qui est en cause. L’Indonésie, en l’occurrence, est souvent résumé au fait qu’il est le « plus grand pays musulman du monde » : c’est vrai. Mais dans ses 240 millions d’habitants et d’habitantes on trouve tout de même plus de 20 millions de chrétiens et de chrétiennes. La tradition de tolérance de l’Indonésie a été mise à l’épreuve ces dernières années par le développement de courants islamiques conservateurs, voire extrémistes, et les minorités religieuses, chrétiennes mais aussi bouddhistes et hindoues s’inquiètent pour la coexistence religieuse.

La « concurrence » avec d’autres religions n’est pas la seule en cause. Pas si loin, aux Philippines, pays de 91 millions d’habitants et d’habitantes pourtant presque totalement chrétiennes (90 %) et catholique (80 %) les fidèles sont aussi victimes du populisme du président Rodrigo Duterte, rappelle La Croix. Il ne manque pas de les attaquer verbalement. Là-bas, c’est le nationalisme qui pèse sur les fidèles. Idem en Inde, où le premier ministre Narendra Modi mène une politique nationaliste hindoue.

Enfin, les régimes dictatoriaux chinois et nord-coréens rendent aussi la vie difficile aux croyants et croyantes en général et aux chrétiens et chrétiennes locaux aussi. Même chose pour les régimes communistes ou postcommunistes du Vietnam et du Laos, nous apprend La Vie.

Une zone plus dangereuse que le Moyen-Orient pour les chrétiens ?

La présence de populations chrétiennes au Proche et au Moyen-Orient est très ancienne : elle remonte aux origines de la chrétienté. Elle est revenue sur les devants de l’actualité au début des années 2010, au moment de l’essor de Daesh en Syrie et en Irak, qui a persécuté ces populations. Depuis, Daesh est tombée et ses combattants, toujours disséminés dans le secteur, sont, au moins provisoirement, beaucoup moins actifs.

Ainsi, si on en croit Benoît de Blanpré, nouveau directeur de l’Aide à l’Eglise en détresse cité dans La Croix, l’Asie du Sud-Est « est aujourd’hui la région au monde la plus exposée en matière de persécution, devançant le Moyen-Orient dans ce triste palmarès ». Si la situation est aussi moins alarmante au Moyen-Orient, c’est aussi parce que les communautés chrétiennes ont fondu depuis les persécutions de Daesh. Ces chrétiens et chrétiennes d’Orient ont grossi les colonnes des migrants et de migrantes qui ont tenté – et tentent toujours – de rejoindre l’Europe. Le pape François, récemment en visite en Irak, s’en est encore désolé de la quasi-disparition des fidèles dans certaines régions.