Rapport Stora : Alger dénonce un « rapport franco-français »

HISTOIRE « Officiellement, c’est comme si ce rapport n’existait pas », a avancé Abdelmadjid Chikhi, directeur général des Archives nationales d’Algérie

20 Minutes avec AFP

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Benjamin Stora remet son rapport à Emmanuel Macron, le 20 janvier.
Benjamin Stora remet son rapport à Emmanuel Macron, le 20 janvier. — Christian Hartmann/AP/SIPA

Un travail qui ne convainc pas à Alger. Le rapport de Benjamin Stora sur la réconciliation des mémoires entre la France et l' Algérie est un « rapport franco-français », a affirmé l’alter ego algérien de l’historien français, Abdelmadjid Chikhi, directeur général des Archives nationales.

« Je n’ai pas d’évaluation pour le rapport Stora. J’estime que ce rapport est un rapport français demandé par un président français à un citoyen français afin qu’il lui donne un avis sur ce qu’ils nomment "la mémoire apaisée" », a expliqué Abdelmadjid Chikhi dans une émission de la chaîne qatarie Al-Jazeera, diffusée lundi et intitulée Algérie et France : mémoire de colonisation.

« Officiellement, c’est comme si ce rapport n’existait pas »

« C’est un rapport franco-français. Il ne nous a pas été transmis de manière officielle pour que l’on soit dans l’obligation, au moins morale, de répondre sur son contenu », a-t-il assuré, ajoutant : « Officiellement, c’est comme si ce rapport n’existait pas ». De fait, Alger n’a pas directement réagi à ce stade à ce rapport.

« La réconciliation des mémoires doit d’abord commencer chez les Français. En Algérie, nous avons une seule mémoire qui est la mémoire nationale », a poursuivi Abdelmadjid Chikhi.

Il réclame la restitution de « la totalité » des archives de la période coloniale

Le responsable a été chargé en juillet par le président algérien Abdelmadjid Tebboune de travailler sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie (1954-1962), de concert avec Benjamin Stora.

Au cours de l’émission, Abdelmadjid Chikhi a de nouveau réclamé la restitution de « la totalité » des archives de la période coloniale (1830-1962). « Comment arriver à la vérité historique quand l’intégralité de notre histoire est entreposée en France et ailleurs à l’étranger ? », a relevé le responsable algérien.

Ancien combattant de la guerre d’indépendance, Abdelmadjid Chikhi a été nommé à son poste au printemps 2020 et il a déjà formulé des critiques très virulentes à l’égard de la France et de l’historiographie française sur l’Algérie.

A l’approche du 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie (le 5 juillet 1962), le président français Emmanuel Macron a engagé ces derniers mois une série d'« actes symboliques » afin de « réconcilier les mémoires » entre Français et Algériens. En juillet, la France a remis à Alger 24 crânes de combattants nationalistes tués au début de la colonisation, qui étaient entreposés à Paris.

En outre, le président français a récemment reconnu, « au nom de la France », que l’avocat et dirigeant nationaliste Ali Boumendjel avait été « torturé et assassiné » par l’armée française pendant la Bataille d’Alger en 1957. Enfin, il a décidé de faciliter l’accès aux archives classifiées de plus de cinquante ans, notamment celles sur la guerre d’Algérie.

Ces gestes font partie du rapport de Benjamin Stora sur la réconciliation mémorielle franco-algérienne remis en janvier à l’Elysée. Ses propositions ont été diversement accueillies, certains lui reprochant de ne pas avoir préconisé des « excuses » de Paris.