L’ambassadeur de Chine convoqué au Quai d’Orsay après des « propos inacceptables » sur un chercheur français

DIPLOMATIE Lundi, l’ambassade de Chine à Paris s’est déchaînée sur Twitter contre un chercheur français jugé trop critique à l’encontre de Pékin

Manon Aublanc
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Le Quai d'Orsay - photo d'illustration
Le Quai d'Orsay - photo d'illustration — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Après des propos sur Twitter contre un chercheur français et de parlementaires français, l’ambassadeur de Chine à Paris a été convoqué, ce mardi au ministère français des Affaires étrangères, qui lui a signifié une série de « griefs ».

« A la demande du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, nous avons convoqué ce matin l’ambassadeur, M. Lu Shaye, pour lui signifier l’ensemble des griefs que nous avions à son encontre », a indiqué le Quai d’Orsay.

Une visite de parlementaires français à Taïwan en cause

« Petite frappe », « hyène folle », « troll idéologique » : l’ambassade s’est déchaînée ces derniers jours contre Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), à qui elle reproche des positions « antichinoises ». L’ambassadeur Lu Shaye s’est aussi déclaré « fermement opposé » à un projet de visite de parlementaires français à Taïwan.

La République populaire de Chine considère Taïwan comme une de ses provinces, dénonce chaque visite de responsables occidentaux sur l’île et menace de recourir à la force en cas de proclamation formelle d’indépendance par Taipei. Le directeur Asie du Quai d’Orsay, Bertrand Lortholary, lui a concrètement signifié que les « méthodes de l’ambassade, la tonalité de sa communication publique étaient parfaitement inacceptables et franchissaient toutes les limites communément admises pour une ambassade, où qu’elle se trouve ».

Des ressortissants européens sanctionnés par Pékin

« L’insulte, l’invective, la menace contre des parlementaires, des chercheurs, des journalistes, cela pose des problèmes de fond qui ressortent de méthodes d’intimidation », a-t-on souligné au Quai d’Orsay. « En s’en prenant à des élus de la République, l’ambassadeur a personnellement méconnu le principe de séparation fondamentale des pouvoirs et est invité à l’observer désormais de la façon la plus stricte », a-t-on poursuivi de même source.

En procédant de la sorte, Lu Shaye « constitue un obstacle à la volonté politique exprimée par les chefs de l’Etat des deux pays » de développer la relation bilatérale, ce qui pose un « problème extrêmement sérieux », a-t-on martelé. La France lui a par ailleurs rappelé sa désapprobation devant la décision de Pékin de sanctionner dix ressortissants européens, dont un eurodéputé français, en représailles à des sanctions de l’UE pour sa répression contre la minorité musulmane des Ouïghours.

L’ambassadeur déjà convoqué en avril 2020

L’ambassadeur avait laissé entendre dans un tweet qu’il n’avait pas répondu à une première convocation lundi en raison de problèmes « d’agenda » et qu’il se rendrait mardi au Quai pour y discuter des « sanctions imposées par l’UE » concernant les Ouïghours et des « questions liées à Taïwan ». Lu Shaye s’est entendu répondre que « ces questions n’entraient pas dans le cadre de la convocation dont il était l’objet ».

Il était « visiblement sous le choc devant le caractère extrêmement direct des propos tenus », a-t-on relevé au ministère. L'ambassadeur avait déjà été convoqué en avril 2020, au début de la pandémie de Covid-19, après la publication d’un article sur le site de l’ambassade critiquant la gestion de la crise sanitaire en Europe. Pékin avait alors accusé les personnels des Ehpad, acronyme des maisons de retraite en France, d’avoir « abandonné leurs postes » et laissé « mourir leurs pensionnaires de faim et de maladie ».