Coronavirus : Atteindre l’immunité collective cet été, est-ce vraiment possible ?

EPIDEMIE Selon le commissaire européen au Marché intérieur, la hausse des livraisons des vaccins, dont il est responsable, permet de se fixer la « date symbolique » du 14 juillet

Manon Aublanc
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Le coronavirus ne sera pas vaincu d'ici la fin de l'année, selon l'OMS (Illustration)
Le coronavirus ne sera pas vaincu d'ici la fin de l'année, selon l'OMS (Illustration) — JEANNE ACCORSINI/SIPA
  • Le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, a estimé, dimanche, que l’immunité collective en Europe pourrait être atteinte cet été.
  • A ce jour, un peu plus de 54 millions de doses ont été administrées en Europe.
  • La hausse des livraisons de vaccins va permettre d’accélérer la campagne de vaccination en Europe, a indiqué Thierry Breton, annonçant la livraison de 300 à 350 millions de doses d’ici le mois de juin.

La promesse d’un retour à la normale d’ici quelques mois ? L'Europe pourrait atteindre son immunité collective face au coronavirus le 14 juillet, a estimé  le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton.

« Prenons une date symbolique : le 14 juillet nous avons la possibilité d’atteindre l’immunité au niveau du continent », a-t-il déclaré sur TF1. « C’est la dernière ligne droite parce que nous savons que pour vaincre cette pandémie, une seule solution : se faire vacciner. Les vaccins arrivent, ils seront là », a-t-il assuré. Alain Fischer, le « Monsieur vaccin » du gouvernement, envisage également un retour à la normale « à l’été, l’automne », a-t-il déclaré ce lundi sur BFMTV. L’Europe pourrait-elle vraiment réussir ce pari ? 20 Minutes fait le point sur les questions qui se posent.

Combien d’Européens ont-ils déjà été vaccinés ?

Au 21 mars 2021, un peu plus de 54 millions de doses ont été administrées en Europe, selon les chiffres du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Dans le détail, 10,4 % des Européens ont reçu une dose et 4,5 % deux doses. En France, 6.137.375 personnes ont reçu au moins une injection (soit 9,2 % de la population totale) et 2.444.473 personnes ont reçu deux injections (soit 3,6 % de la population totale), selon les chiffres du ministère de la Santé au 20 mars 2021. 

Le gouvernement français s’est fixé pour objectif d’atteindre les 10 millions d’injections d’ici la mi-avril, 20 millions à la mi-mai et 30 millions à l’été. Début février, le président français, Emmanuel Macron, avait annoncé que « tous les Français qui le souhaitent » pourraient se faire vacciner « d’ici la fin de l’été ». Côté européen, l’exécutif maintient ses prévisions : immuniser 80 % des Européens de plus de 80 ans et des personnels soignants d’ici la fin du mois de mars et 70 % des Européens adultes « d’ici l’été ».

Pour Emilie Ferrat, médecin généraliste et chercheuse en épidémiologie, l’objectif est atteignable : « Les infrastructures et les besoins humains sont existants. Il y a une montée en force dans les centres de vaccination et chez les médecins généralistes depuis plusieurs semaines. La seule limite éventuelle, c’est l’approvisionnement et la distribution des vaccins. » Si les doses arrivent, encore faut-il convaincre la population : « Pour que ça marche, que la population accepte de se faire vacciner, les patients ont besoin d’être rassurés. La confiance vis-à-vis du médecin est un levier très fort dans la prise de décision », ajoute la médecin.

Combien de doses peut-on attendre d’ici l’été ?

L’Union européenne a signé des contrats de pré-achat auprès de 6 laboratoires, pour un total de 2,575 milliards de doses et autorisé jusqu’ici la mise sur le marché conditionnelle de quatre vaccins élaborés par Pfizer/BioNTech, Moderna, AstraZeneca et Janssen. Près de 68 millions de doses ont été livrées en Europe, selon les chiffres du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), au 21 mars 2021. D’ici le mois de juin, l’Union européenne va « livrer entre 300 et 350 millions de doses de vaccin » supplémentaires, a détaillé Thierry Breton, dimanche, sur TF1.

Le commissaire européen a précisé la montée en cadence des livraisons attendues en Europe, avec 60 millions de doses livrées en mars, 100 millions en avril et 120 millions en mai. Et pour y arriver, pas moins de 55 usines fabriquent désormais des vaccins en Europe. En France, les vaccins Pfizer et Moderna sont produits par le sous-traitant français Delpharm, à Saint-Rémy-sur-Avre en Normandie depuis début mars, par le Suédois Recipharm à Monts en Indre-et-Loire à partir d’avril, et par le groupe Fareva à Pau dans les Pyrénées et à Val-de-Reuil (Normandie) à partir de mai. « Cet objectif dépend presque uniquement de la distribution des vaccins auprès des professionnels. Les médecins et les centres de vaccination sont prêts, organisés, mais il nous faut les doses », explique Emilie Ferrat, dont les créneaux de vaccination sont déjà complets jusqu’à fin avril.

Combien de personnes doivent-elles être vaccinées pour atteindre l’immunité collective ?

Selon les estimations de l’Institut Pasteur, le pourcentage à atteindre pour parler d’immunité collective – le phénomène par lequel la propagation d’une maladie contagieuse peut être enrayée dans une population si une certaine proportion des individus est immunisée, soit par vaccination, soit par immunité après avoir été contaminée – dans le cadre du coronavirus est estimé entre 60 à 70 %. Pour Emilie Ferrat, ce chiffre dépend surtout du « R0 », qui correspond au taux de reproduction de base d’un virus. En clair, il s’agit du nombre de personnes qui peuvent potentiellement être contaminées par un individu infecté par un virus. « Pour la grippe, on est aux alentours de 50 %, mais pour le coronavirus, ce sera plus 60-70 % ».

Un autre facteur peut faire pencher la balance. « Le niveau d’immunité collective peut varier si la vaccination baisse la transmission. Si on prouve que la vaccination réduit les transmissions et donc les contaminations, ce seuil pourrait baisser », analyse la chercheuse en épidémiologie, qui estime, à l’inverse, que les variants « peuvent faire changer la donne et augmenter le niveau d’immunité collective ».