Allemagne : Des centaines d'abus sexuels sur mineurs dans le diocèse de Cologne, selon un rapport accablant

PEDOCRIMINALITE Plus de 300 mineurs, en majorité des garçons âgés de moins de 14 ans, ont subi des violences sexuelles entre 1975 et 2018

20 Minutes avec agences

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Le cardinal Rainer Maria Woelki, à Cologne, le jeudi 18 mars 2021.
Le cardinal Rainer Maria Woelki, à Cologne, le jeudi 18 mars 2021. — Ina Fassbender/AP/SIPA

En Allemagne, des centaines de mineurs ont subi des violences sexuelles dans le diocèse de Cologne - le plus grand du pays - sur une période d’une quarantaine d’années, selon un rapport accablant publié jeudi. Ce document de quelque 800 pages conclut ainsi que 314 mineurs, en majorité des garçons âgés de moins de 14 ans, ont subi des violences sexuelles entre 1975 et 2018.

Au total, 202 personnes ont été mises en cause mis, a déclaré l’avocat Björn Gercke lors d’une conférence de presse. Et environ 70 % des auteurs présumés étaient des membres du clergé qui n’ont pas été sanctionnés.

Démission de l’archevêque de Hambourg

« Cela me fait profondément honte », a réagi le cardinal Rainer Maria Woelki, annonçant dans la foulée la suspension avec effet immédiat de deux membres de son diocèse soupçonnés d’avoir couvert ces crimes, dont une majorité remonte aux années 70. Parmi les autres ecclésiastiques mis en cause pour négligence figurent les deux prédécesseurs, aujourd’hui décédés, de Mgr Woelki à la tête du diocèse et l’actuel archevêque de Hambourg Stefan Hesse, ancien chef du personnel à Cologne.

Ce dernier a annoncé avoir demandé au pape François d’être « démis de ses fonctions avec effet immédiat », tout en rejetant catégoriquement toute faute. « Je suis toutefois prêt à porter ma part de responsabilité pour l’échec du système », a-t-il dit. Aucune faute n’a pu en revanche être identifiée contre Mgr Woelki par les auteurs du rapport.

Polémique autour d’un premier rapport

Mgr Woelki, un conservateur dans les rangs de l’Eglise, avait d’abord provoqué un véritable tollé l’an passé en refusant de rendre public un premier document, pourtant commandé par ses soins à un cabinet d’avocats de Munich. Il avait invoqué des problèmes de protection des données. La décision avait suscité l’exaspération des victimes, la fuite en masse de fidèles dans son diocèse, et l’incompréhension de ses pairs. Sous pression, le cardinal a donc demandé ce nouveau rapport.

La polémique est intervenue à un moment même où l’institution avait réalisé quelques progrès dans la reconnaissance de sa faute et l’indemnisation des victimes. En 2018, un rapport commandé par l’Eglise allemande avait dévoilé que 3.677 enfants ou adolescents avaient été abusés sexuellement depuis 1946 par plus d’un millier de membres du clergé dont la plupart n’avaient pas été sanctionnés. Après s’être officiellement excusés, les évêques avaient fixé un dédommagement - jugé insuffisant par les victimes - « pouvant aller jusqu’à 50.000 euros » par personne, contre 5.000 euros auparavant. Chaque diocèse a par ailleurs entamé une enquête locale supplémentaire sous la surveillance d’une commission mixte.