Elections israéliennes: les Libanais fatalistes

REPORTAGE A Beyrouth on est fataliste sur les risques d'une nouvelle guerre avec Israël...

David Hury

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De notre correspondant au Liban

«J’avais un peu peur d’un raz-de-marée du Likoud et cela n’a pas été le cas, se réjouit ce mercredi matin Youssef, un commerçant de Beyrouth-Est, le quartier chrétien de la capitale libanaise. Aujourd’hui, tout dépend si Netanyahu sera Premier ministre, et surtout avec qui?» Vu du Liban, les résultats des élections législatives israéliennes ont soit inquiété – comme dans le cas de Youssef –, soit indifféré. Mais personne ici ne s’attendait à une bonne nouvelle.

Entre le Liban et Israël, un sujet prédomine évidemment: le Hezbollah, contre lequel l’Etat hébreu a lancé une guerre de 33 jours en 2006. Durant la campagne électorale, Netanyahu avait d’ailleurs mis Hamas palestinien et Hezbollah libanais dans le même sac, promettant aux électeurs d’effacer ces «menaces» extérieures.

Situation très dangereuse pour le pays

Au Liban, ces promesses sont évidemment prises au sérieux, sans toutefois exacerber les craintes d’une guerre imminente contre le Hezbollah. «Que Kadima ou le Likoud prennent en charge le gouvernement israélien, cela ne changera rien, affirme Helmi Moussa, éditorialiste au quotidien arabophone As-Safir (pro-syrien) et spécialiste des questions israéliennes. Aujourd’hui, même le Parti travailliste est plus de droite que le Likoud il y a 20 ans. Je crois que ces élections ont créé une situation très dangereuse pour les pays de la région. Décennie après décennie, on peut constater que ce que les Israéliens ne peuvent obtenir par la force, ils essaient de l’obtenir en tapant encore plus fort. Alors oui, le risque de guerre avec le Hezbollah est présent, comme il l’était il y a six mois.»

Le feuilleton des législatives est loin d’être terminé, en attendant la nomination du Premier ministre par le président Shimon Peres. Si bien que les Libanais se passionnent davantage pour les commémorations prévues cette semaine pour le 4e anniversaire de l’assassinat de Rafic Hariri et pour celles du 1er anniversaire d’Imad Moughniyeh, chef militaire du Hezbollah assassiné à Damas.

«Entre la hausse des prix, nos législatives en juin et les querelles quotidiennes entre politiciens, nous avons déjà bien assez à faire, conclut Ghada, une photographe indépendante. De toute façon, s’il y a une nouvelle guerre contre Israël, ce ne seront pas les Libanais qui décideront, mais le Hezbollah. On ne peut rien y faire…»