Immigration : Avec les visas, Bruxelles veut « mettre la pression » sur les pays d’origine des migrants

COOPERATION La Commission estime qu'un peu plus d’un tiers d’entre eux, le niveau de coopération requiert des améliorations

20 Minutes avec AFP

— 

La suédoise Ylva Johansson, commissaire européenne aux Affaires intérieures, le 25 janvier 2021.
La suédoise Ylva Johansson, commissaire européenne aux Affaires intérieures, le 25 janvier 2021. — Ylva Johansson

L’Europe propose de mettre en place des restrictions en matière de visas à l’encontre des pays qui ne coopèrent pas suffisamment pour reprendre leurs ressortissants en situation irrégulière dans l’Union européenne. La commissaire européenne Ylva Johansson s’est dit ce vendredi prête prendre ces mesures « dès cet été ».

À l’issue d’une réunion avec les ministres européens de l’Intérieur, la responsable suédoise a estimé qu’il était « urgent » de définir avec les Etats membres une liste de pays avec lesquels engager en priorité des négociations pour « améliorer la coopération » sur les retours de migrants.

Plus de visas en cas de coopération

« Si nous n’arrivons pas à des progrès suffisants (dans ces négociations) ; je suis prête à présenter des propositions au Conseil dès cet été pour des restrictions en matière de visas. Mais si nous arrivons à faire suffisamment de progrès avec des pays qui coopèrent bien, nous sommes prêts aussi à faire des propositions pour des politiques de visas plus généreuses », a déclaré la commissaire aux Affaires intérieures lors d’une conférence de presse.

La Commission entend s’appuyer sur des dispositions d’un nouveau code des visas adopté en 2019. Moins d’un tiers des près de 500.000 migrants s’étant vu refuser le droit de rester dans l’UE en 2019 ont été renvoyés ou sont repartis volontairement dans leur pays d’origine. « Il faut vraiment qu’on accélère », avait déclaré Ylva Johansson avant la réunion. La Commission européenne a présenté aux Etats membres un premier rapport, qui n’a pas été rendu public, évaluant la coopération entre les pays de l’UE et 39 pays d’origine de migrants en matière de « réadmissions ».

Lutter contre les trafics

Pour un peu plus d’un tiers d’entre eux, le niveau de coopération requiert des améliorations, avait indiqué la Commission en février. La question sera aussi au menu d’une réunion par visioconférence lundi entre les ministres de l’Intérieur et les ministres des Affaires étrangères de l’UE.

« Le but de l’UE n’est pas d’imposer des restrictions de visas, le but est d’avoir une meilleure coopération sur les réadmissions (mais) nous devons mettre la pression sur les pays tiers » dans les négociations, a affirmé la commissaire européenne. Elle a souligné que la coopération avec les pays d’origine des migrants consistait aussi à aider les pays d’origine à « lutter contre les trafics d’êtres humains et le crime organisé » ainsi qu’à « contrôler leurs frontières ».

« Encore beaucoup de travail »

Prévue dans le « nouveau pacte sur la migration et l’asile » présenté par la Commission européenne en septembre pour réformer le système actuel, la coopération passe aussi par l’aide au développement, les investissements, le commerce, une meilleure organisation des voies d’immigration légale. Dans le pacte, le point qui suscite toujours le plus de divisions au sein des Vingt-Sept est la solidarité entre Etats membres sur la prise en charge des demandeurs d’asile.

« Le fossé (entre les positions des Etats membres) diminue mais il y a encore beaucoup de travail devant nous », a commenté le ministre portugais de l’Intérieur Eduardo Cabrita dont le pays assure la présidence semestrielle de l’UE. La commissaire européenne a reconnu qu’il était « très difficile » de prévoir quand des progrès seraient possibles sur ce sujet tant que la pandémie imposait des réunions virtuelles, peu propices pour trouver des compromis.