Birmanie : Toujours des milliers de manifestants dans les rues, malgré des raids mortels

PUTSCH Plus d’un mois après le coup d’Etat militaire, la contestation ne faiblit pas malgré les risques

20 Minutes avec AFP

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Lors des manifestations en Birmanie, ce dimanche.
Lors des manifestations en Birmanie, ce dimanche. — AP/SIPA

La répression se poursuit ce dimanche en Birmanie contre les manifestants pro-démocratie descendus par milliers dans les rues malgré les raids de la veille, au cours desquels des membres du parti d’Aung San Suu Kyi ont été arrêtés et un battu à mort. A Bagan (centre), célèbre pour ses pagodes centenaires, des détonations ont été entendues. « Un adolescent de 18 ans a reçu une balle dans la mâchoire », d’après les secouristes, tandis qu’un média local fait état d'« au moins cinq personnes blessées ».

Des raids ont eu lieu la nuit dernière dans la capitale économique Rangoun visant des responsables de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi renversée le 1er février. « On ne sait pas combien de personnes ont été interpellées », a indiqué Soe Win, membre du mouvement. Un responsable local de la LND, Khin Maung Latt, 58 ans, a été tué. « Il a été battu puis emmené hors de son domicile. Il n’a apparemment pas survécu au dur interrogatoire qu’il a subi », a déploré Tun Kyi, ex-prisonnier politique.

Les grèves continuent

Des milliers de Birmans ont encore manifesté, répondant à l’appel à une mobilisation massive lancé par des leaders de la contestation. Ces appels à la grève ont un impact important sur de nombreux secteurs de l’économie birmane déjà très fragile, avec des banques incapables de fonctionner, des hôpitaux fermés et des bureaux ministériels vides. La peur est dans tous les esprits : plus de 50 personnes ont été tuées depuis le début de l’insurrection pacifique contre le coup d’Etat. Des images largement diffusées ont montré les forces de sécurité en train de tirer à balles réelles sur des rassemblements et d’emporter les corps inanimés de manifestants.

Samedi, les forces de sécurité ont continué à tirer à balles réelles, d’après l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP). Les médias d’Etat nient pour leur part toute implication de la police et de l’armée dans les décès de manifestants. Face a la détérioration de la situation, certains Birmans fuient le pays. Une cinquantaine, dont huit policiers qui refusaient de prendre part à la répression, ont gagné l’Inde voisine. La Birmanie a exigé de l’Inde le rapatriement des huit policiers « afin de préserver les bonnes relations entre les deux pays » dans une lettre. Une centaine de Birmans sont toujours massés à la frontière dans l’espoir d’être autorisés à gagner le pays.

Les généraux font la sourde oreille au concert de protestations de la communauté internationale, divisée sur la réponse à apporter. Le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas réussi vendredi à se mettre d’accord sur une déclaration commune. Des mesures coercitives ont été annoncées par les Etats-Unis et l’Union européenne, mais des observateurs exhortent à aller plus loin avec un embargo international sur les livraisons d’armes, une décision qui nécessite l’accord de tous les membres du Conseil. Or, Pékin et Moscou, alliés traditionnels de l’armée birmane et exportateurs d’armes dans le pays, considèrent cette crise comme une affaire intérieure au pays.