Irak : Le pape et l’ayatollah chiite Sistani s’engagent pour la « paix »

RELIGION Le pape doit poursuivre son voyage avec une messe dans une église de Bagdad, sa première rencontre avec les fidèles catholiques d’Irak

20 Minutes avec AFP

— 

Le grand ayatollah Ali Sistani, plus haute autorité religieuse pour la plupart des musulmans chiites d'Irak et du monde, a reçu samedi le pape François dans la ville sainte chiite de Najaf.
Le grand ayatollah Ali Sistani, plus haute autorité religieuse pour la plupart des musulmans chiites d'Irak et du monde, a reçu samedi le pape François dans la ville sainte chiite de Najaf. — VATICAN MEDIA /CPP / IP/SIPA

Après sa rencontre au sommet dans la ville sainte chiite de Najaf, le pape a entamé, ce samedi,  le point d’orgue spirituel de son voyage en Irak : le pèlerinage à Ur, ville natale d’Abraham dans le sud du pays, pour prier en faveur de la « liberté » et l'« unité », afin de mettre fin aux guerres et au « terrorisme ».

C’est là déjà, dans la plaine désertique où est né le père des monothéismes que Jean-Paul II voulait venir en 2000, avant d’en être empêché par Saddam Hussein. François, connu pour ses mains tendues tous azimuts aux autres religions, y a ajouté sa touche : il a tenu à prier avec des dignitaires yazidis [petite minorité d’Irak martyrisée par les djihadistes de l'organisation de l'état islamique (EI)] mais aussi sabéens ou zoroastriens [communautés multimillénaires dans le pays] et musulmans, chiites et sunnites.

Ali Sistani, référence religieuse de la plupart des 200 millions de chiites d’Irak et d’ailleurs

Avant cela, le chef des 1,3 milliard de catholiques du monde s’est entretenu pendant près d’une heure avec le grand ayatollah Ali Sistani, référence religieuse de la plupart des 200 millions de chiites d’Irak et d’ailleurs. A l’issue de ce huis-clos, l’une des rencontres religieuses les plus importantes de l’histoire, le grand ayatollah Sistani a dit au pape être engagé pour garantir la « paix », la « sécurité » et « tous les droits constitutionnels » aux chrétiens d’Irak.

Au-delà du cas des chrétiens, au deuxième jour de son voyage en Irak, le premier de l’histoire pour un pape, François est revenu longuement sur les guerres qui n’ont cessé de déchirer l’ensemble du pays depuis quarante ans et le Moyen-Orient. « Hostilité, extrémisme et violence (…) sont des trahisons de la religion. Et nous, croyants, nous ne pouvons pas nous taire lorsque le terrorisme abuse de la religion », a-t-il lancé, alors qu’en 2014, le groupe Etat islamique (EI) s’emparait d’un tiers de l’Irak. Il faut « cheminer du conflit à l’unité » dans « tout le Moyen-Orient » et « en particulier en Syrie, martyrisée », a-t-il encore plaidé.

Le pape a plaidé pour « la liberté de conscience et la liberté religieuse »

La veille, lors d’une allocution aux autorités à Bagdad, le pape avait déjà mentionné la Syrie, où une révolte populaire a dégénéré en guerre totale il y a tout juste dix ans. Malgré plus de 387.000 morts, les pourparlers menés sous l’égide de l’ONU n’ont jusqu’ici abouti à aucune avancée. Et, comme il l’avait déjà fait au Maroc, autre pays musulman où il avait tenu à se rendre, le pape de 84 ans a plaidé pour « la liberté de conscience et la liberté religieuse ». Elles doivent être « respectées et reconnues partout » car elles sont « des droits fondamentaux », a-t-il dit.

La liberté de conscience, consiste à pouvoir croire ou ne pas croire, mais aussi avoir le droit de se convertir librement. La liberté religieuse, un terme plus général, comprend notamment la liberté d’exercer son culte sans entraves.

Le pape doit poursuivre son voyage avec une messe dans une église de Bagdad, sa première rencontre avec les fidèles catholiques d’Irak et de loin ce qu’il préfère. Dans le quartier central de Karrada où se trouve l’église Saint Joseph, des blocs de béton barrent déjà les rues et les forces spéciales sont déployées.