Sénégal : L’ONU appelle à la désescalade après de violentes émeutes à Dakar

PROTESTATION Des centaines de jeunes protestent contre l’arrestation de l’opposant Ousmane Sonko, dont la garde à vue a été prolongée jusqu’à dimanche

20 Minutes avec AFP

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De violentes manifestations se tiennent en ce moment au Sénégal, comme ici à Dakar le 5 mars 2021.
De violentes manifestations se tiennent en ce moment au Sénégal, comme ici à Dakar le 5 mars 2021. — Leo Correa/AP/SIPA

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, « est très préoccupé par la violence récente vue à Dakar et ailleurs au Sénégal », a déclaré ce vendredi son porte-parole, Stéphane Dujarric. Le pays a été ce vendredi le théâtre de scènes de guérilla urbaine opposant les forces de l’ordre à des centaines de jeunes, deux jours après l’arrestation de l’opposant Ousmane Sonko.

Antonio Guterres « appelle toutes les parties au Sénégal à éviter une escalade de la situation », a ajouté le porte-parole. « Les manifestations doivent rester pacifiques et les forces de sécurité et de police doivent agir tout le temps en accord avec les droits humains internationaux », à savoir « permettre à ces manifestants d’exprimer leur opinion et volonté », a aussi affirmé Stéphane Dujarri.

Au moins quatre morts

L’arrestation d’Ousmane Sonko, troisième de la présidentielle de 2019 et pressenti comme un des principaux concurrents de celle de 2024, a déclenché depuis mercredi des saccages et des pillages de magasins, en particulier sous enseigne française, dans la capitale et différentes villes du pays, pourtant réputé comme un îlot de stabilité en Afrique de l’Ouest.

Cette arrestation a non seulement provoqué la colère de ses partisans, mais aussi, disent de nombreux Sénégalais, porté à son comble l’exaspération accumulée dans ce pays pauvre face à la dureté de la vie depuis au moins un an et la pandémie de Covid-19.

Un important dispositif de police a été mis en place dans le quartier du Plateau, centre névralgique du pouvoir où la circulation était quasi nulle. Les manifestations ont fait au moins quatre morts ces derniers jours, a indiqué ce vendredi le gouvernement, promettant de mettre en œuvre « tous les moyens nécessaires pour ramener l’ordre ». En direct à la télévision le ministre de l’Intérieur, Antoine Félix Abdoulaye Diome, a accusé Ousmane Sonko d’avoir « lancé des appels à la violence » et à « l’insurrection ». Le représentant de l’ONU en Afrique de l’Ouest, Mohamed Ibn Chambas, a lui lancé un appel au « calme et à la retenue ».

Accusations de viol

Jeudi soir, des manifestants ont attaqué les locaux du quotidien le Soleil et de la radio RFM, jugés proches du pouvoir. Les écoles françaises dans le pays ont fermé, tout comme l’agence d’Air France. La garde à vue d’Ousmane Sonko doit s’achever dimanche. Il sera présenté à nouveau au juge lundi, selon ses conseils.

Ousmane Sonko a été arrêté officiellement pour trouble à l’ordre public, alors qu’il se rendait en cortège au tribunal où il était convoqué pour répondre à des accusations de viol dans un salon de massage. Il a été présenté au juge vendredi dans celle pour viols présumés et est ressorti sans être inculpé, mais avec un nouveau rendez-vous lundi, selon ses avocats. Il a été replacé en garde à vue dans la procédure pour trouble à l’ordre public. Ousmane Sonko fait l’objet d’une « tentative de liquidation aux fins d’élimination d’un adversaire politique », a dit son avocat Me Abdoulaye Tall.

Personnalité au profil antisystème, le député crie au complot ourdi par le président Macky Sall pour l’écarter de la prochaine présidentielle. Le chef de l’Etat a démenti fin février, mais gardé le silence depuis sur l’affaire.

Les réseaux sociaux perturbés

Dès jeudi soir, les autorités ont annoncé suspendre le signal de deux télévisions privées coupables selon elles d’avoir diffusé « en boucle » des images de violences. Les réseaux sociaux ont rapporté des perturbations et l’observatoire spécialisé Netblocks a confirmé des restrictions sur les applications de messagerie, affectant le partage de photos et de vidéos sur Facebook, YouTube, WhatsApp et Telegram.

« Les autorités sénégalaises doivent immédiatement cesser les arrestations arbitraires d’opposants et d’activistes, respecter la liberté de réunion pacifique et la liberté d’expression, et faire la lumière sur la présence d’hommes armés de gourdins aux côtés des forces de sécurité », a déclaré Amnesty International.