Djibouti : Au moins vingt personnes décédées après avoir été jetées à la mer par des passeurs

IMMIGRATION Au moins 200 migrants étaient à bord du navire, et 80 ont été forcés à se jeter à l’eau, selon les témoignages de survivants

20 Minutes avec AFP

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Un migrant éthiopien à Djibouti (image d'illustration).
Un migrant éthiopien à Djibouti (image d'illustration). — Nariman El-Mofty/AP/SIPA

Le drame s’est déroulé au large de Djibouti. Des passeurs ont jeté des dizaines de personnes candidates à l’immigration à la mer. Parmi elles, au moins 20 victimes auraient péri, a annoncé ce jeudi l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Le détroit de Bab el-Mandeb, qui sépare Djibouti du Yémen, est un passage clé du commerce international mais aussi un lieu de trafic de migrants, qui l’empruntent pour aller tenter leur chance dans la péninsule arabique, en payant les services de passeurs. « Les survivants pensent qu’au moins 20 personnes ont été tuées. Certains sont toujours portés disparus. Cinq corps ont été retrouvés sur la côte » de Djibouti, a déclaré Yvonne Ndege, porte-parole de l’OIM pour l’Afrique de l’Est et la Corne de l’Afrique.

Des organisations criminelles

Des survivants, soignés dans la ville djiboutienne d’Obock par cette agence de l’ONU, ont raconté qu’au moins 200 migrants étaient entassés dans leur bateau, qui a quitté Djibouti mercredi matin.

« Trente minutes après le départ, les passeurs ont forcé environ 80 personnes à se jeter à l’eau », précise l’OIM dans un communiqué transmis jeudi. Seules 60 ont regagné le rivage, ajoute Yvonne Ndege. « Nous travaillons étroitement avec les autorités djiboutiennes pour porter assistance aux migrants, mais la tragédie de mercredi est une preuve supplémentaire que des criminels continuent d’exploiter pour de l’argent des personnes prêtes à tout pour améliorer leurs conditions de vie (…) », ajoute dans ce communiqué Stéphanie Daviot, responsable de l’OIM à Djibouti.

Le Covid-19 perturbe les traversées

Le détroit de Bab el-Mandeb est emprunté par les migrants en raison de sa largeur plus réduite – 30 km – que sur le reste du golfe d’Aden ou de la Mer Rouge. De l’autre côté, au Yémen, en proie depuis six ans à une guerre civile, « des milliers de migrants seraient bloqués », note l’OIM, ajoutant que « beaucoup font face à un danger extrême, à de l’exploitation et à des abus ».

L’organisation note que les restrictions de déplacement liées à la pandémie de Covid-19 ont « drastiquement » réduit les traversées : 37.500 personnes sont passées en 2020, contre environ 138.000 en 2019. « En janvier 2021, plus de 2.500 ont atteint le Yémen depuis Djibouti et la crainte est que, alors que les restrictions s’allègent, plus de migrants attendent pour traverser, augmentant les chances de futures tragédies », poursuit l’OIM.

Cet incident est le troisième enregistré par l’organisation ces six derniers mois. En octobre dernier, 8 migrants éthiopiens sont décédés dans des circonstances similaires et 12 autres ont été portés disparus.