Corée du Sud : Une militaire transgenre retrouvée morte après avoir été renvoyée de l'armée

DECES Une commission militaire avait ordonné début 2020 son renvoi de l’armée, trois ans après l’annonce de la transition de genre de Byun Hee-soo

20 Minutes avec AFP

— 

Des soldats sud-coréens en exercice en 2018 à Pohang.
Des soldats sud-coréens en exercice en 2018 à Pohang. — Jung Yeon-je / AFP

Une militaire sud-coréenne limogée par l’armée après avoir subi une intervention chirurgicale afin de changer de genre a été retrouvée morte, suscitant une vague de consternation et des appels à adopter une loi antidiscrimination.

Le corps de Byun Hee-soo a été retrouvé ce mercredi à son domicile de Cheongju, au sud de Séoul, a rapporté l’agence de presse sud-coréenne Yonhap. Une enquête a été confiée à la police, qui a confirmé sa mort à l’AFP. Selon des médias, aucun mot n’a été retrouvé mais son décès est considéré comme étant un suicide, selon Yonhap. L’agence, citant des représentants des autorités, a affirmé qu’elle avait déjà tenté de se suicider il y a trois mois.

Une armée aux idées conservatrices

Byun Hee-soo, un sergent d’une vingtaine d’années, s’était engagé volontairement sous les drapeaux en tant qu’homme en 2017, avant de subir en novembre en Thaïlande une opération chirurgicale de réattribution sexuelle. Par rapport à de nombreux pays d’Asie, la Corée du Sud demeure profondément conservatrice sur les questions d’identité sexuelle et les relations homosexuelles entre militaires sont passibles de poursuites. Elle avait alors clairement fait part à sa hiérarchie de sa volonté de demeurer dans l’armée.

Une commission militaire avait ordonné en janvier 2020 son renvoi de l’institution militaire, le ministère de la Défense estimant que la perte de ses parties génitales constituait un handicap mental ou physique.

A l’issue de son limogeage, Byun Hee-soo était sortie de l’anonymat afin de plaider sa cause. « Je suis une militaire de la République de Corée », avait dit la voix tremblante la militaire. En uniforme, elle avait expliqué que servir sous les drapeaux était un rêve d’enfant. Mais elle avait dit souffrir de dépression en raison d’une « dysphorie de genre », autrement dit un profond sentiment d’inadéquation entre son corps et son identité sexuelle.

Pas de discussion ouverte

« Je veux montrer à tout le monde que, quelle que soit mon identité sexuelle, je peux être un de ces grands soldats qui défendent le pays ». « S’il vous plaît, donnez-moi cette chance », avait imploré la jeune femme. La conscription existe toujours en Corée du Sud, où l’armée est principalement affectée à la protection du territoire face à la menace du Nord. Tout homme apte est tenu à deux années de service militaire. Byun Hee-soo a été la première soldate sud-coréenne à subir une opération de ce type pendant son service.

Le porte-parole adjoint du ministère de la Défense, Moon Hong-sik, a présenté ses condoléances à la suite de cette « mort regrettable ». Il a cependant précisé qu’il n’y a pas eu de discussions approfondies sur la question des soldats transgenres, malgré les appels de personnalités et d’associations. Plus d’une douzaine de tentatives d’adoption de lois antidiscrimination ont échoué ces 14 dernières années notamment en raison de l’opposition des puissantes Eglises qui condamnent l’homosexualité et de certaines associations.