Allemagne : Le parti d’extrême droite AfD placé sous surveillance par les renseignements

POLITIQUE A quelques mois des élections, la mesure pourrait peser sur les résultats du parti, déjà en perte de vitesse dans les sondages

20 Minutes avec AFP

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Alice Weidel, coprésidente du groupe parlementaire de l'Afd, le 28 novembre 2020.
Alice Weidel, coprésidente du groupe parlementaire de l'Afd, le 28 novembre 2020. — INA FASSBENDER / AFP

En Allemagne, le parti d’extrême droite Alernative pour l’Allemagne (AfD) a été placé sous surveillance par le renseignement intérieur, qui le soupçonne d’atteintes à l’ordre démocratique. Cette mesure intervient à quelques mois des élections.

L’Office de protection de la Constitution a placé l’AfD parmi les « cas suspects », ce qui lui permet de surveiller ses communications ou encore d’introduire des informateurs dans ses rangs, ont déclaré mercredi des sources parlementaires à l’AFP, confirmant des informations de presse. Cette surveillance ne concernera pas toutefois ses députés et ses candidats aux élections à venir, régionales ou nationales.

Des élections en septembre

La décision, prise en fin de semaine dernière selon l’édition en ligne du magazine Der Spiegel, est très sensible à sept mois des élections législatives du 26 septembre. Le placement sous surveillance est marqué du sceau de l’infamie en Allemagne car en principe réservé à des groupuscules ultra-radicaux.

L’AfD, créée en 2013, est entrée en force en 2017 à la chambre des députés et y incarne la première force d’opposition aux conservateurs d’Angela Merkel et aux sociaux-démocrates, ensemble au pouvoir. Le parti, qui a bâti son succès sur ses prises de position contre la politique migratoire de la chancelière, est actuellement déchiré par des querelles internes et en perte de vitesse dans les sondages.

Contestation en justice

Thomas Haldenwang, le président du Renseignement intérieur, a informé mercredi de sa décision les antennes régionales de ses services, a affirmé Der Spiegel. Interrogé par l’AFP, le Renseignement intérieur a pour sa part répondu « ne pas pouvoir s’exprimer publiquement sur cette affaire » en raison d’une procédure de justice en cours, l’AfD ayant porté plainte en amont. Un porte-parole du ministère de l’Intérieur a lui aussi refusé de s’exprimer, invoquant les mêmes raisons.

La coprésidente du groupe parlementaire de l’AfD a de son côté dénoncé une décision « purement politique » et « injustifiée ». « L’AfD va évidemment engager des poursuites en justice », a réagi Alice Weidel sur son compte Twitter. Son collègue Tino Chrupalla, un des coprésidents du parti, a quant à lui qualifié le procédé de l’office de « scandaleux », l’accusant de « lancer des informations dans la presse » alors qu’il n’est pas autorisé à les annoncer et de « désavantager l’AfD dans la compétition démocratique entre les partis ».

« L’Aile » dans le viseur

Pour expliquer sa décision, l’office s’est fondé sur un rapport de 1.000 pages des services de renseignement où sont cataloguées « les violations présumées par le parti de l’ordre fondamental libre et démocratique ». Les enquêteurs ont rassemblé plusieurs centaines de discours ou déclarations de responsables de l’AfD à tous les niveaux.

Un élément-clé retenu serait l’influence de la frange la plus radicale de l’AfD, appelée « L’Aile » et proche des néonazis. Placé aussi sous surveillance l’an passé, ce mouvement s’est officiellement dissous mais ses représentants sont toujours dans le parti. Le rapport met aussi en exergue les liens de l’AfD avec certaines organisations radicales telles que le mouvement identitaire et l’éditeur et idéologue de la Nouvelle Droite Götz Kubitschek.