Assassinat de Khashoggi : Le prince héritier saoudien a « autorisé une opération pour tuer ou capturer » le journaliste, selon Washington

GEOPOLITIQUE L’Arabie saoudite a «totalement rejeté» le rapport publié par l’administration Biden vendredi et qui accuse directement Mohammed ben Salmane sans toutefois le sanctionner

P.B.

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Washington accuse le prince saoudien MBS d'avoir «autorisé» le meurtre du journaliste Khashoggi — 20 Minutes

Pour le renseignement américain, il n’y a pas de doute : « Nous estimons que le Prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane a autorisé une opération à Istanbul pour capturer ou tuer le journaliste Jamal Khashoggi. » Plus de deux ans après la mort du dissident, tué par des agents saoudiens au consulat d’Istanbul, en octobre 2018, l’administration Biden a publié, vendredi, un rapport très attendu du renseignement américain.

Selon ce rapport de la direction du renseignement national, « le prince héritier considérait Khashoggi comme une menace pour le royaume et plus largement soutenait le recours à des mesures violentes si nécessaire pour le faire taire ».

Dans la foulée de sa publication, Ryad a « totalement rejeté » ce rapport : « Le gouvernement d’Arabie saoudite rejette totalement les conclusions fausses et préjudiciables contenues dans le rapport concernant la direction du royaume et ne peut les accepter en aucun cas », a affirmé le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Le prince héritier pas sanctionné

Le gouvernement américain a annoncé dans la foulée des sanctions financières contre le général Assiri et contre la Force d’intervention rapide, une unité d’élite chargée de la protection du prince, supervisée par Saoud al-Qahtani et présentée par Washington comme étant largement impliquée dans le meurtre.

Bien que directement mis en cause, Mohammed ben Salmane ne fait pas partie des personnes sanctionnées. « Les Etats-Unis n’imposent généralement pas de sanctions aux plus hauts dirigeants de pays avec lesquels ils entretiennent des relations diplomatiques », a justifié le département d’Etat.

Implication du bras droit de MBS

Le renseignement américain base son analyse sur « l’implication directe d’un conseiller-clé de Mohammed ben Salmane et de plusieurs de ses gardes dans l’opération ». « Depuis 2017, le prince héritier a un contrôle absolu sur la sécurité et le renseignement du royaume ; il est improbable que des responsables saoudiens aient mené une telle opération sans le feu vert du prince héritier », conclut le rapport.

Selon des images de vidéosurveillance, Jamal Khashoggi est entré dans le consulat turc d’Istanbul pour une démarche administrative le 2 octobre 2018. Selon le renseignement turc, il a été tué à l’intérieur, puis son cadavre a été découpé à la scie et transporté dans des valises.

Rapport bloqué par Donald Trump

Après avoir nié, Riyad finit par reconnaître des semaines plus tard que le journaliste dissident a bien été tué. « Les discussions entre Jamal Khashoggi et ceux qu’il a rencontrés au consulat du royaume à Istanbul (…) ont débouché sur une rixe, ce qui a conduit à sa mort », assure le Royaume, niant toute implication du prince héritier.

Le roi Salmane demande à son fils de restructurer les services de renseignement. Quatre responsables sont limogés. Cinq Saoudiens sont ensuite condamnés à mort lors d’un procès, mais le verdict final, en septembre 2020, commue finalement leur sentence en des peines de prison allant de 7 à 20 ans.

L’administration Trump avait alors fait tout son possible pour protéger MBS, très proche de Jared Kushner et allié crucial de la politique américaine au Moyen-Orient. Assurant que la responsabilité du prince héritier n’est pas établie, Donald Trump avait bloqué la publication du rapport. Dans son livre Rage, le journaliste américain Bob Woodward a affirmé que Donald Trump lui a confié avoir « sauvé les fesses » du prince héritier, réussissant à « obtenir du Congrès qu’ils le laissent tranquille ».