Corruption au Togo : Vincent Bolloré risque un procès, son groupe écope d'une amende de 12 millions d'euros

JUSTICE Il appartient désormais à un magistrat d'ordonner ou non un procès pour l'homme d'affaires et deux autres cadres dirigeants du groupe ou d'une filiale

20 Minutes avec AFP

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Vincent Bolloré en 2018.
Vincent Bolloré en 2018. — ERIC PIERMONT / AFP

Échec et coup de théâtre pour Vincent Bolloré : le milliardaire français pensait échapper à un procès à Paris pour corruption au Togo en reconnaissant sa culpabilité et en payant 375.000 euros d'amende, mais une juge a refusé ce vendredi de valider cet accord, estimant «nécessaire» qu'il soit jugé en correctionnelle.

Vincent Bolloré, Gilles Alix, directeur général du groupe Bolloré et Jean-Philippe Dorent, directeur international de l’agence Havas, filiale de Bolloré, avaient accepté une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC, sorte de « plaider-coupable » à la française) et le paiement d’une amende de 375.000 euros.

« Atteinte grave » à « l’ordre public économique et la souveraineté du Togo »

Mais lors de l’audience, la juge a refusé d’homologuer cette CRPC, estimant que les peines étaient « inadaptées au regard » de la gravité des faits reprochés et considérant qu’il était « nécessaire qu’ils soient jugés » par un tribunal correctionnel. Les faits ont « gravement porté atteinte à l’ordre public économique » et « à la souveraineté du Togo », a déclaré la juge.

Il appartient désormais à un magistrat d’ordonner ou non un procès pour les prévenus Bolloré, Alix et Dorente.

Une amende de 12 millions d’euros

En revanche, la juge a validé la convention judiciaire d’intérêt public (CJIP) visant le groupe Bolloré, qui prévoit une amende de 12 millions d’euros. La société s’est engagée à verser cette amende « au Trésor public sous dix jours », a précisé le Parquet national Financier dans un communiqué.

A cette amende s’ajoute le provisionnement de 4 millions d’euros pour assumer le coût d’un programme de mise en conformité aux règles de l’agence française anticorruption (AFA), qui réalisera un suivi pendant deux ans, selon les termes de la CJIP. Si les conditions sont remplies, la fin des poursuites sera définitive.

Les prévenus ont reconnu les faits

Lors de l’audience, la holding et messieurs Bolloré, Alix et Dorente ont reconnu avoir utilisé les activités de conseil politique de la filiale Havas afin de décrocher la gestion des ports de Lomé, au Togo, et de Conakry, en Guinée, via une autre de ses filiales, Bolloré Africa Logistics, anciennement appelée SDV.

SDV avait obtenu la gestion du port de Conakry quelques mois après l’élection à la présidence de la Guinée d’Alpha Condé fin 2010, et avait remporté la concession à Lomé peu avant la réélection en 2010 au Togo de Faure Gnassingbé, qui étaient alors tous deux conseillés par Havas.

Une information judiciaire avait été ouverte fin 2013 pour « corruption d’agent public étranger, abus de confiance et complicité d’abus de confiance » commis entre 2009 et 2011. La mise en examen des protagonistes pour une partie des infractions concernant la Guinée avait été annulée par la cour d’appel de Paris en juin 2019, pour cause de prescription.