Pérou : Une demande d'euthanasie acceptée pour la première fois dans le pays

FIN DE VIE La demande émane d’une femme de 44 ans souffrant d’une maladie incurable et dégénérative

20 Minutes avec agences

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Illustration d'un hôpital.
Illustration d'un hôpital. — KONRAD K./SIPA

Un tribunal péruvien a demandé ce jeudi au ministère de la Santé de « respecter » la demande d’euthanasie d’une quadragénaire souffrant d’une maladie incurable et dégénérative. Il s’agit d’une première au Pérou, pays en grande majorité catholique. En Amérique latine, seule la Colombie autorise depuis 1997 l’euthanasie sous certaines conditions. Au Mexique, la loi dite de « bonne mort » autorise le patient ou sa famille à demander que la vie ne soit pas prolongée par des moyens artificiels, tandis qu’en Uruguay le Parlement débat d’un projet de loi sur l’euthanasie.

Un combat pour la liberté

Dans ses attendus, le tribunal de Lima demande au ministère de la Santé de « respecter la décision » d’Ana Estrada Ugarte, 44 ans, de mettre fin à ses jours sous assistance médicale. La décision, qui peut faire l’objet d’un appel, précise que « l’euthanasie doit être entendue comme l’action d’un médecin pour fournir directement (par voie orale ou intraveineuse) un médicament destiné à mettre fin à la vie », selon le jugement publié sur Internet.

« L’objectif est atteint. Je ressens une joie immense », a réagi Ana Estrada Ugarte à la chaîne de télévision RPP après avoir pris connaissance de la décision. « Cela a toujours été clair dans ma tête que quand ce moment arriverait j’allais me sentir libre. Je me sens libre. C’est une question de droit à la liberté. C’est le combat pour lequel je me suis battue tout ce temps », a-t-elle ajouté.

« Epuisée par le simple fait d’avaler »

Selon elle, « la question n’est pas de vouloir mourir ou de faire l’apologie de la mort, au contraire. C’est jusqu’au dernier chapitre de ma vie être en accord avec ma façon de penser et de pouvoir prendre moi-même les décisions ». Ana Estrada Ugarte, psychologue, souffre d’une poliomyélite incurable et dégénérative depuis l’âge de 12 ans. Elle a connu des complications à partir de 2015, doit rester alitée et a besoin d’assistance dans tous les gestes du quotidien.

Interrogée récemment par le journal Peru 21, elle avait déclaré être « épuisée par le simple fait d’avaler ». « Mon corps ne cesse de se détériorer. Chaque jour je perds de plus en plus de forces. Je dépends d’un respirateur artificiel. J’ai besoin d’une garantie de l’Etat pour choisir quand et dans quelles conditions mourir », avait-elle dit.

Le vice-ministre de la Santé Percy Minaya a simplement reconnu que l’euthanasie est « un sujet controversé » et s’est retranché derrière le fait que son ministère « n’a pas officiellement encore été informé ». Cette décision du tribunal, saisi en février 2020, implique la « non-application de l’article 112 du Code pénal » péruvien qui interdit l’assistance à la fin de vie​. Dans son jugement, le tribunal estime que refuser l’assistance à la fin de vie de la malade porte atteinte à « ses droits à la dignité, à l’autonomie, à son libre choix ainsi qu’à son droit de ne pas subir de traitement cruel et inhumain ».