L’Equateur en état de choc après la barbarie du « massacre » de 79 prisonniers

MONDE Le gouvernement a attribué ces violences à une attaque coordonnée d’un gang de narcotrafiquants pour éliminer une bande rivale

20 Minutes avec AFP

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L'Equateur en état de choc après de violents affrontements dans des prisons — 20 Minutes

Des cadavres ensanglantés, certains décapités, empilés pour être brûlés. Mercredi, l’Equateur était horrifié par les violences survenues la veille dans plusieurs prisons en proie à une guerre des gangs, qui s’est traduite par 79 morts en cette seule journée. Il s’agissait « d’une extermination entre bandes criminelles », a déclaré le président Lenin Moreno, au lendemain de ce qu’il a qualifié de « barbarie ».

Jamais ce petit pays de 17,4 millions d’habitants, niché entre l’océan Pacifique, les montagnes des Andes et la jungle d’Amazonie, n’avait été confronté à une crise carcérale d’une telle dimension. Une série d’émeutes et d’affrontements ont éclaté de façon simultanée mardi entre des gangs se disputant le contrôle des prisons à Guayaquil, Cuenca et Latacunga, villes qui concentrent 70 % de la population pénitentiaire.

De nouveaux incidents mercredi soir

Une nouvelle mutinerie a débuté mercredi soir dans l’une des prisons de Guayaquil, a annoncé le chef de la police, le général Patricio Carrillo. Il n’a pas donné d’indications sur d’éventuelles victimes, mais a évoqué sur Twitter « l’agressivité et l’irrationalité des groupes de délinquants ».

Quelques heures plus tard, l’administration pénitentiaire équatorienne, le SNAI, a déclaré que les « incidents » survenus dans la soirée dans cette prison de Guayaquil avaient été « contrôlés » par des gardiens, des policiers et des militaires. Le SNAI n’a pas indiqué lui non plus si ces nouveaux incidents avaient fait des victimes.

Un « massacre sans précédent »

C’est un « massacre sans précédent » qui a eu lieu mardi, a déploré le Défenseur du peuple, entité publique chargée de la protection des droits humains. Le dernier bilan a été établi mercredi à 79 morts : 37 à Guayaquil, 34 à Cuenca et huit à Latacunga, selon le directeur du système pénitentiaire (SNAI), Edmundo Moncayo.

D’autres détenus, ainsi que des policiers, ont été blessés mardi, mais leur nombre total n’a pas été précisé. Le parquet a indiqué que plus de 20 détenus et policiers avaient été blessés rien qu’à Guayaquil. Troisième ville d’Equateur, avec 600.000 habitants, Cuenca était au sommet de l’horreur face aux révélations du procureur local Leonardo Amoroso : « Environ 18 cadavres ont été décapités et on a même tenté d’en brûler certains ».

Une attaque coordonnée d’un gang de narcotrafiquants

Le gouvernement a attribué ces violences à une attaque coordonnée d’un gang de narcotrafiquants pour éliminer une bande rivale. « Ce n’est pas un hasard. Cela a été organisé de l’extérieur des prisons et orchestré en interne par ceux qui s’en disputent le contrôle, ainsi que le trafic de drogue sur tout le territoire national », a ajouté le président Moreno.

Devant la prison de Tori, Digna Pacho désespère de récupérer la dépouille de son fils, âgé de 33 ans. Jackson España, alias « El Chato », avait été transféré de la ville côtière d’Esmeraldas à Cuenca, afin d’y purger une peine rallongée à 35 ans pour un assassinat durant une mutinerie pénitentiaire.

Cette femme de 63 ans a voyagé quatorze heures. Assise sur le trottoir, grelottant de froid, elle a raconté que son fils avait appelé son avocate mardi parce qu'« on allait le tuer ». « Je veux seulement récupérer le corps de Jackson et je rentre à Esmeraldas », ajoute-t-elle. D’autres proches de détenus préfèrent garder le silence.

« C’était de la folie ! »

Ana Arpi, vendeuse ambulante de nourriture, assure n’avoir jamais rien vu comme mardi : « Des gens au désespoir, des prisonniers sur la terrasse, des coups de feu dans tous les sens, des hurlements ». Certaines personnes en visite, ajoute-t-elle, se sont enfuies prises de « panique parce qu’elles allaient se faire tuer. C’était de la folie ! »

Les autorités ont fait état d’au moins quatre gangs opérant dans ces prisons : Los Pipos, Los Lobos, Tigrones et Chone Killers. Elles ont assuré avoir repris le contrôle des prisons. Lors d’une des opérations ayant suivi les affrontements à Guayaquil, « des armes à feu, couteaux, machettes, téléphones portables et drogues ont été saisis », a déclaré le procureur local Carlos Vaca. « Les armes ont été utilisées dans les agressions entre détenus », a-t-il ajouté.