Attaque du Capitole : Les ex-responsables de la sécurité se défaussent sur le renseignement

ETATS-UNIS La première audition au Congrès a démarré par un témoignage fort, puis les ex-responsables se sont rejetés la responsabilité du retard du déploiement de la garde nationale

P.B. avec AFP

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L'ancien chef de police du Capitole, Steven Sund, lors d'une audition devant le Congrès le 23 février 2021.
L'ancien chef de police du Capitole, Steven Sund, lors d'une audition devant le Congrès le 23 février 2021. — Erin Scott/AP/SIPA

Ils n’étaient pas préparés face « des criminels prêts pour la guerre ». Devant une commission du Sénat, mardi, trois ex-responsables de la sécurité du Capitole ont assuré que les services de renseignement avaient sous-estimé la menace des supporteurs de Donald Trump pesant sur le 6 janvier. Au cours d’une audition de près de quatre heures, ils se sont également rejeté la responsabilité du retard du déploiement de la garde nationale.

Un témoignage fort pour commencer

Avant le témoignage des ex-responsables, c’est une policière du Capitole, la capitaine Carneysha Mendoza, qui a remis en perspective l’attaque du 6 janvier. « J’ai senti ce que je pense être des gaz lacrymogènes de type militaire » tirés par les émeutiers, a-t-elle expliqué. Elle a subi des « brûlures chimiques » au visage, qui n’ont pas totalement guéri, six semaines après l’attaque.

Un email d’alerte du FBI envoyé la veille à 19 heures

Les élus ont ensuite passé au gril trois ex-responsables, qui ont tous démissionné après le 6 janvier : l’ancien chef de police du Capitole, Steven Sund, l’ex-sergent d’armes de la Chambre des représentants, Paul Irving, et celui du Sénat, Michael Stenger. Tous ont attaqué le renseignement américain coupable, selon eux, d’avoir sous-estimé la menace des émeutiers. « Sans les informations pour se préparer de manière adéquate, la police du Capitole avait des effectifs insuffisants pour face à une foule extrêmement violente », a notamment déclaré Steven Sund. « Sur la base des renseignements dont nous disposions, je pensais à tort que nous étions prêts », a abondé Paul Irving. « On sait maintenant que nous avions un mauvais plan », a-t-il ajouté, en se disant « profondément secoué » par ce coup de force meurtrier.

« Les renseignements fournis n’étaient pas ce qu’ils auraient dû être », a renchéri le chef de la police de la ville de Washington, Robert Contee. Il a indiqué que le FBI avait envoyé un email sur une possible menace d’extrémistes prêts à « la guerre » le 5 janvier à 19 heures. Sund, Irving et Stenger assurent ne pas l’avoir vu. En cas de menace sérieuse, « on attend davantage qu’un simple email », a ajouté Contee.

Versions différentes sur la garde nationale

Outre les services de renseignement, les témoins ont mis en cause le Pentagone, qui a attendu plusieurs heures pour déployer la Garde nationale. Steven Sund a expliqué avoir réclamé ces renforts à 14H28, alors que des centaines de personnes commençaient à forcer les entrées du siège du Congrès. Selon lui, un haut gradé, Walter Piatt lui aurait répondu : « Je n’aime pas l’image de la Garde nationale alignée devant le Capitole. »

« C’est clair que la Garde nationale n’a pas été rapide à répondre », a renchéri Irving. « Il a fallu plusieurs heures pour qu’ils arrivent sur site. » Les deux hommes ont toutefois croisé le fer sur leur propre responsabilité. Sund a accusé le sergent d’armes de la Chambre d’avoir lui-même exprimé, avant l’attaque, son scepticisme face à la mobilisation de militaires. « Il était inquiet pour l’image projetée », a-t-il assuré. « C’est faux », a rétorqué Irving. « Les questions d’image n’ont pas déterminé nos choix sécuritaires. »

L’ancien chef de la police du Capitole assure avoir contacté l’ex-sergent d’arme à 13h09 pour obtenir des renforts de la garde nationale. Ce dernier a dit ne pas s’en souvenir et n’avoir aucune trace de cet appel dans son téléphone. Des images de télévision montrent qu’il était dans l’enceinte de la Chambre à cette heure, et pas dans son bureau. Suite des audiences mercredi à la Chambre.