Affaire Navalny : L’UE décide de faibles sanctions contre la Russie

A MINIMA Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont également critiqué les agissements des autorités en Birmanie, en Biélorussie, à Hong Kong et au Venezuela

20 Minutes avec AFP

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Le chef de la diplomatie de l'Union européenne, Josep Borrell, à Bruxelles le 22 février 2021.
Le chef de la diplomatie de l'Union européenne, Josep Borrell, à Bruxelles le 22 février 2021. — Yves Herman/AP/SIPA

En novembre 2020, en Allemagne où il était soigné après avoir été empoisonné en Russie, Alexeï Navalny avait averti les députés européens : « l’UE devrait cibler l’argent, les oligarques, pas seulement les anciens oligarques, mais les nouveaux, membres du cercle proche de Poutine ». Mais l’opposant russe n’a pas vraiment été entendu.

Un accord politique trouvé lundi par les ministres des Affaires étrangères de l’UE ne vise en effet que quatre hauts fonctionnaires russes impliqués dans les procédures judiciaires engagées contre l’opposant et dans la répression menée contre ses partisans. Les sanctions consistent en une interdiction de visa et un gel des avoirs dans l’UE pour les personnes ou entités concernées. Cette décision « est décevante », a réagi le ministère russe des Affaires étrangères.

« Nous devons être capables de contrer [la Russie] lorsqu’elle franchit les lignes rouges sur les droits de l’homme, de réagir quand elle nous menace et de nous engager avec elle sur les sujets pour lesquels nous avons des intérêts à défendre », a expliqué le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. Mais, « il n’est guère possible de sanctionner les oligarques. Nous ne pouvons agir que contre des fonctionnaires, et cela uniquement si nous avons des preuves », avait expliqué le chef de la diplomatie du Luxembourg Jean Asselborn avant la réunion.

La liste noire s’allonge pour le Venezuela

Les ministres ont également pointé du doigt d’autres pays. Ils ont ainsi sanctionné les militaires responsables du coup d’état en Birmanie. « Les mesures européennes vont frapper leurs intérêts, car dans ce pays, les militaires sont des entrepreneurs et ils détiennent des pans de l’économie », a annoncé Josep Borrell. Ils ont par ailleurs sanctionné les atteintes à la démocratie commises par le régime de Nicolas Maduro au Venezuela avec l’inscription de 19 hauts fonctionnaires sur la liste noire de ce pays qui compte désormais 55 noms.

Les ministres ont également décidé le principe de nouvelles sanctions contre la répression menée à Hong Kong par la Chine. Enfin, ils ont annoncé envisager de nouvelles mesures contre le pouvoir en Biélorussie. Mais trois trains de sanctions ont déjà été adoptés contre le régime et le président Alexandre Loukachenko a été inscrit sur la liste noire sans aucun effet. Et le soutien affiché de Vladimir Poutine conforte Minsk.

Des Européens désunis

Les critiques se multiplient donc contre l’inefficacité des sanctions ciblées européennes. « L’Europe ne devrait pas avoir peur d’utiliser ses leviers économiques contre la Russie », soutient Ian Bond, directeur pour les affaires de politique internationale au Centre for European reform. Mais « il ne faut pas attendre une approche unie », déplore l’Italien Gianni Rotta, expert en désinformation auprès de la Commission européenne dans un entretien pour le centre Carnegie Europe.