Birmanie : Des hackers ciblent la junte, Internet à nouveau coupé

COUP D'ETAT Le Web est devenu un nouveau terrain d’affrontement entre les manifestants et l’armée

20 Minutes avec AFP

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Les appels à résister se multiplient, quatre jours après le coup d'Etat en Birmanie.
Les appels à résister se multiplient, quatre jours après le coup d'Etat en Birmanie. — STR / AFP

L'armée a coupé l'accès à Internet pour la quatrième nuit consécutive en Birmanie, où des pirates informatiques ont attaqué des sites Internet gouvernementaux gérés par la junte, ce jeudi.

Un groupe appelé « Les Hackers de Birmanie » a perturbé plusieurs sites Web gouvernementaux, dont la Banque centrale, la page de propagande de l’armée birmane, la chaîne de télévision d’Etat MRTV, l’autorité portuaire et l’agence des produits alimentaires et des médicaments.

Des manifestations en nombre

Cette action intervient au lendemain d'une manifestation massive à laquelle ont pris part des dizaines de milliers de personnes dans tout le pays, en opposition au coup d'Etat militaire qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi au début du mois. « Nous nous battons pour la justice en Birmanie », a déclaré le groupe de pirates informatiques sur sa page Facebook. « C’est comme une manifestation de masse devant les sites Web du gouvernement. »

A Rangoun, les contestataires se sont rassemblés mercredi bloquant des axes de circulation avec des voitures et des poids lourds pour tenter d’empêcher les forces de sécurité de se déployer, tandis que d’autres défilaient en brandissant des pancartes : « Combat pour la démocratie ! », « Rejetez le coup d’Etat ! » Dans la deuxième ville birmane, Mandalay (centre), la police et l’armée ont dispersé des manifestants qui avaient bloqué le trafic ferroviaire, ont indiqué des témoins. Selon un membre des services de secours, les forces de sécurité ont ouvert le feu, mais il n’a pu préciser s’il s’agissait de balles en caoutchouc ou de balles réelles. A Naypyidaw, la capitale administrative où l’ancienne cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi est assignée à résidence, fonctionnaires, ingénieurs et étudiants ont défilé en nombre.

Les appels à la désobéissance civile se poursuivent

Les militaires n'ont cessé de durcir le ton depuis leur coup d’Etat du 1er février qui a mis fin à une fragile transition démocratique de 10 ans. Le pays a ainsi été placé mercredi soir sous le coup d’une sorte de couvre-feu sur Internet pour la quatrième nuit consécutive, avec une capacité de trafic réduite à 21 % du niveau habituel, selon NetBlocks, un groupe basé en Grande-Bretagne qui surveille les pannes d’Internet dans le monde. La peur des représailles est dans tous les esprits dans un pays qui a déjà vécu près de 50 ans sous le joug des militaires depuis son indépendance en 1948.

Plusieurs manifestations ont donné lieu à de fortes tensions ces derniers jours. Les forces de l’ordre ont tiré à plusieurs reprises, des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc ou avec des lance-pierres, faisant plusieurs blessés. Une jeune femme de 20 ans qui a reçu la semaine dernière un tir dans la tête, probablement à balle réelle, est en état de mort cérébrale. Un policier est décédé mardi des suites de blessures occasionnées lors d’un rassemblement à Mandalay, a affirmé la junte, qui brandit de manière répétée la menace de « sanctions ». Malgré cela, les appels à la désobéissance civile se poursuivent avec des médecins, enseignants, contrôleurs aériens et cheminots en grève, particulièrement ciblés lors des arrestations.

Des centaines d’interpellations

Plus de 450 personnes ont été arrêtées depuis le 1er février, d’après une ONG d’assistance aux prisonniers politiques. 417 sont toujours en détention. Des rapports non confirmés font état d’interpellations supplémentaires. Déjà poursuivie pour avoir enfreint une obscure règle commerciale en important « illégalement » des talkies-walkies, Aung San Suu Kyi, 75 ans, fait face à une nouvelle inculpation pour avoir violé « la loi sur la gestion des catastrophes naturelles », d’après son avocat qui n’a toujours pas pu entrer en contact avec elle. La prix Nobel de la paix 1991 est « en bonne santé » selon la junte, qui assure la maintenir assignée à résidence pour sa sécurité.

Les généraux font la sourde oreille face aux multiples condamnations internationales et aux sanctions annoncées par Washington. Ils disposent jusqu’à présent de deux soutiens de taille à l’ONU, la Chine et la Russie, pour qui la crise actuelle constitue « une affaire intérieure » birmane. Le chef de la junte Min Aung Hlaing a justifié son coup d’Etat en faisant état de fraudes aux législatives de novembre, largement remportées par le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie. Min Aung Hlaing est un paria sur le plan international depuis les exactions commises contre les musulmans rohingyas en 2017.