Birmanie : Pendant que les manifestations se poursuivent, Aung San Suu Kyi de nouveau inculpée

COUP D'ETAT Pendant ce temps, la junte militaire birmane hausse encore le ton face à la contestation

20 Minutes avec AFP

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Protesters block a major road during a demonstration against the military coup in Yangon on February 17, 2021. (Photo by Ye Aung THU / AFP)
Protesters block a major road during a demonstration against the military coup in Yangon on February 17, 2021. (Photo by Ye Aung THU / AFP) — AFP

La mobilisation anti-junte se poursuit ce mercredi en Birmanie avec des foules importantes dans les rues malgré la crainte d’une escalade des violences. Des dizaines de milliers de contestataires se sont rassemblés près de la célèbre pagode Sule dans le centre-ville de Rangoun, répondant à l’appel à manifester en masse ce mercredi pour exhorter la junte à rendre le pouvoir et demander la libération d’Aung San Suu Kyi.

Pour tenter d’empêcher les forces de sécurité de se déployer, des contestataires ont bloqué plusieurs axes avec des voitures et des poids-lourds, prétendant qu’ils étaient tombés en panne. Pour le moment, aucune présence significative de militaires et de véhicules blindés n’était visible. Mais le rapporteur des Nations Unies Tom Andrews craint un regain de violences après avoir été informé de l’envoi de soldats « depuis des régions périphériques vers Rangoun ». « Dans le passé, de tels mouvements de troupes ont précédé des meurtres, des disparitions et des détentions à grande échelle », a mis en garde Tom Andrews, se disant « terrifié ».

Escalade depuis le 1er février et le coup d’Etat

Interdiction des rassemblements, coupures Internet, interpellations nocturnes, renforcement de l’arsenal législatif : les militaires n’ont cessé de durcir le ton depuis leur coup d’Etat du 1er février qui a mis fin à une fragile transition démocratique de dix ans. Plusieurs manifestations ont déjà donné lieu à de fortes tensions ces derniers jours. Les forces de l’ordre ont tiré à plusieurs reprises, des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc ou avec des lance-pierres, faisant plusieurs blessés. Une jeune femme de 20 ans qui a reçu la semaine dernière un tir dans la tête – probablement à balles réelles – est en état de mort cérébrale.

Malgré cela, les appels à la désobéissance civile se poursuivent avec des médecins, enseignants, contrôleurs aériens, cheminots en grève contre le putsch. Ces grévistes sont particulièrement ciblés lors des arrestations. Plus de 450 personnes – responsables politiques, fonctionnaires, militants, étudiants – ont été arrêtées depuis le 1er février, d’après une ONG d’assistance aux prisonniers politiques. 417 sont toujours en détention. Des rapports non confirmés font état d’interpellations supplémentaires.

Aung San Suu Kyi « en bonne santé »

Déjà poursuivie pour avoir enfreint une obscure règle commerciale en important « illégalement » des talkies-walkies, Aung San Suu Kyi, 75 ans, fait face à une nouvelle inculpation pour avoir violé « la loi sur la gestion des catastrophes naturelles », d’après son avocat qui n’a toujours pas pu entrer en contact avec elle. Elle est « en bonne santé » selon la junte, qui assure la maintenir assignée à résidence pour sa sécurité. Les connexions Internet ont été de nouveau presque totalement coupées dans la nuit de mardi à mercredi, avant d’être restaurées dans la matinée.

Le chef de la junte Min Aung Hlaing a justifié son coup d’Etat en faisant état de fraudes aux législatives de novembre, largement remportées par le parti d’Aung San Suu Kyi (la Ligue nationale pour la démocratie). Il a promis de nouvelles élections à la fin de l’état d’urgence d’un an. Min Aung Hlaing est un paria sur le plan international depuis les exactions commises contre les musulmans rohingyas en 2017.