Coronavirus : Le Royaume-Uni a atteint son objectif de vacciner environ 15 millions de personnes vulnérables

COVID-19 Boris Johnson a d’ores et déjà prévenu qu’une nouvelle campagne pourrait être nécessaire à l’automne, notamment face aux nouveaux variants

20 Minutes avec AFP

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Le Premier ministre britannique, Boris Johnson
Le Premier ministre britannique, Boris Johnson — Ian Forsyth/AP/SIPA

Vacciner 15 millions de personnes avant mi-février : l’objectif paraissait pour beaucoup trop ambitieux quand il a été annoncé mais le pari est réussi. Pour y parvenir, le Royaume-Uni a mobilisé scientifiques, soignants, mais aussi son armée et des milliers de bénévoles.

Dès le début du mois de janvier 2020, quand le nouveau coronavirus vient à peine d’être identifié en Chine d’où il a commencé à se propager, l’équipe de la chercheuse Sarah Gilbert à l’université d’Oxford s’y attelle. Sur la base de ses travaux sur Ebola et le Mers, elle conçoit en quelques jours un premier vaccin, qui deviendra celui qui est produit par le laboratoire AstraZeneca, désormais au cœur de la campagne de vaccination britannique.

Gouvernement réactif

Les prochaines étapes s’enclenchent très rapidement. Dès le printemps, un partenariat est conclu avec AstraZeneca et des essais cliniques sont lancés. Rapidement, le gouvernement du Premier ministre conservateur Boris Johnson, par ailleurs critiqué pour sa gestion chaotique de la crise sanitaire, débloque des dizaines de millions de livres pour soutenir la recherche.

En mai, l’exécutif se dote d’un groupe de travail chargé de sécuriser les approvisionnements du pays. A la tête de cette « taskforce », Kate Bingham, une biochimiste qui s’est spécialisée dans le capital-risque et les investissements dans le secteur de la santé, et donc dans les paris financiers et scientifiques.

En tout, 367 millions de doses de sept vaccins différents seront commandées. Avec plusieurs mois d’avance sur l’Union européenne, les autorités précommandent ainsi 100 millions de doses du vaccin AstraZeneca/Oxford avant même qu’il n’ait prouvé son efficacité. Elles s’assurent aussi la mise en place d’unités de productions de plusieurs vaccins sur le sol britannique.

Selon Kate Bingham, le Royaume-Uni a réussi à se montrer « agile et coopératif » pour attirer les fabricants, compensant ainsi une puissance d’achat plus faible par rapport à l’UE ou aux Etats-Unis. Certains au gouvernement attribuent même au Brexit le fait d’avoir eu les coudées plus franches.

Approbation et déploiement rapides

Le Royaume-Uni est le premier pays occidental à avoir approuvé un vaccin, le Pfizer/BioNTech, dès le 2 décembre 2020, grâce à un examen en continu des données fournies par le laboratoire au fil des essais, dans le cadre d’une autorisation pour une utilisation d’urgence. Il procède de la même manière quand il devient le premier au monde à donner son feu vert, fin décembre, au vaccin AstraZeneca/Oxford, déployé dès début janvier.

Ce dernier n’est autorisé qu’un mois plus tard par l’UE, où certains pays ont choisi de ne pas l’administrer aux plus de 65 ans en raison d’un manque de données. Dans une stratégie d’abord critiquée par certains experts, ensuite validée par l’Organisation mondiale de la Santé, l’administration de la deuxième dose est espacée jusqu’à 12 semaines afin de fournir une immunité au plus de personnes possible.

Mobilisation massive

Très vite, une fois les vaccins approuvés, plus d’un millier de centres de vaccination sont mis en place, dans les hôpitaux notamment. Des centres importants, dans des stades, des musées, même des cathédrales, sont mis sur pied avec le soutien de l’armée : c’est la plus grande opération logistique depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Pour seconder les soignants, une armée de bénévoles est mobilisée pour administrer le vaccin. Ainsi, l’organisation caritative St John Ambulance prévoit de recruter quelque 30.000 volontaires d’ici au printemps, souvent des personnes sans qualification médicale mais spécialement formées pour l’occasion. Encouragés par les autorités, 400.000 volontaires s’étaient aussi enregistrés auprès du système public de santé, le NHS, pour participer à des essais cliniques, selon Kate Bingham.

L’acceptation de la vaccination est très élevée au Royaume-Uni. Pour inciter les minorités, plus réticentes, à se faire elles aussi vacciner, et combattre la désinformation sur les vaccins, le NHS diffuse des vidéos en différentes langues et fait appel à des célébrités. Le gouvernement compte avoir vacciné toute la population adulte d’ici à septembre, mais Boris Johnson a d’ores et déjà prévenu qu’une nouvelle campagne pourrait être nécessaire à l’automne, notamment face aux nouveaux variants.