Birmanie : Les manifestations se poursuivent, les putschistes renforcent la répression

COUP D'ETAT La junte militaire au pouvoir a publié la liste de sept activistes accusés d’organiser les manifestations

20 Minutes avec AFP

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Lors d'une manifestation à Mandalay.
Lors d'une manifestation à Mandalay. — AP/SIPA

Sourde aux critiques croissantes et face à une mobilisation qui ne faiblit pas, la junte au pouvoir en Birmanie accroît au contraire sa répression contre les manifestations massives organisées contre leur coup d’Etat, en multipliant les arrestations nocturnes. L’expérience démocratique de dix ans a brusquement pris fin il y a bientôt deux semaines avec la prise de pouvoir des militaires, qui ont renversé et arrêté la cheffe de facto du gouvernement Aung San Suu Kyi.

Ce dimanche matin, pour le 9e jour consécutif, les Birmans ont commencé à descendre dans les rues, se rassemblant par centaines près de la célèbre pagode Shwedagon, dans le centre de Rangoun, la plus grande ville de Birmanie, pour réclamer le retour de la démocratie et la libération de leur leader. La junte menée par le général Min Aung Hlaing a quant à elle publié une liste de sept activistes parmi les plus renommés du pays, qu’elle recherche activement pour avoir encouragé les manifestations.

Déjà 400 arrestations

Depuis le début du mouvement, les militaires ont déjà placé en détention environ 400 responsables politiques, militants et membres de la société civile, y compris des journalistes, des médecins ou des étudiants. Parmi la liste des sept « fugitifs » figure notamment Min Ko Naing, une figure du mouvement étudiant de 1988, qui a passé plus de dix ans en prison. Les manifestations de 1988 avaient fait d’Aung San Suu Kyi la principale figure démocratique de Birmanie et la prix Nobel de la paix 1991 avait passé des années en résidence surveillée, prisonnière des généraux, avant d’accéder au pouvoir en 2015.

De nouveau arrêtée le 1er février dernier, celle qui dirigeait de facto le gouvernement n’a pas été vue depuis, même si son parti a informé qu’elle était « en bonne santé » tenue au secret dans une résidence de Naypyidaw, la capitale administrative de la Birmanie. Min Aung Hlaing a donné samedi des pouvoirs d’exception aux forces de l’ordre, qui peuvent mener des perquisitions à domicile sans mandat ou détenir des personnes pour une courte période sans autorisation d’un juge.

L’ONU bloquée par la Chine et la Russie

Vendredi soir, des comités de vigilance citoyenne ont vu spontanément le jour à travers la Birmanie, chargés de surveiller leur voisinage en cas d’opérations menées par les autorités pour arrêter des opposants. Une vidéo filmée dans un quartier de Rangoun montrait de nombreux habitants envahissant la rue, défiant le couvre-feu instauré à 20 heures, après des rumeurs d’une descente de la police venue arrêter des dissidents. Pour leur part, des centaines de moines ont organisé une prière devant l’ambassade américaine.

« Les Birmans veulent la démocratie, et nous les soutenons », a tweeté l’ambassade dans un message de solidarité. La situation en Birmanie a fait l’objet de nombreuses condamnations internationales depuis deux semaines, mais rien de nature à faire bouger les militaires. Une réunion d’urgence du Conseil des droits de l’homme de l’ONU a appelé vendredi le nouveau régime à libérer toutes les personnes « détenues arbitrairement », dont Aung San Suu Kyi, et de leur rendre le pouvoir. Mais les alliés traditionnels de l’armée birmane, y compris la Russie et la Chine, appellent à ne pas interférer dans les « affaires intérieures » de la Birmanie.