Procès de Donald Trump : L’ex-président américain acquitté mais pas tiré d'affaire pour 2024

ANALYSE Sept républicains ont voté pour le condamner, et l’impact de l’attaque du Capitole pourrait rendre une éventuelle candidature de Donald Trump à la prochaine présidentielle compliquée

Philippe Berry
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Procès de Donald Trump : L’ex-président américain acquitté mais pas tiré d'affaire pour 2024 — 20 Minutes

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Dans l’immédiat, il peut respirer. Jugé devant le Sénat pour « incitation à l’insurrection » dans le cadre de l’attaque du Capitole, Donald Trump a, sans véritable surprise, été acquitté, samedi. Il l’a assuré à ses supporteurs, « notre mouvement magnifique, Make America Great Again (MAGA), ne fait que commencer ». Mais si certains spéculent déjà sur une possible candidature en 2024, l’ex-président devrait naviguer en terrain miné.

Sept républicains ont voté pour le condamner

Au final, 57 sénateurs ont, l’un après l’autre, solennellement prononcé un verdict « guilty » («coupable ») dans l’enceinte du Sénat. Pas suffisant pour être destitué (il fallait une majorité des deux tiers, soit 67 élus) mais Donald Trump a donc été lâché par sept républicains. C’est six de plus qu’il y a un an dans son premier procès dans l’affaire ukrainienne, où seul Mitt Romney avait fait défection. Cela en fait le verdict le plus bipartisan (le plus soutenu par des élus de l’opposition) de l’histoire dans un impeachment.

Le 45e président des Etats-Unis échappe au pire pour deux raisons. Une partie des élus républicains avait peur de faire face à une réélection difficile s’ils défiaient Donald Trump et ses supporteurs. D’autres, comme leur leader au Sénat, Mitch McConnell, l’ont acquitté pour une raison technique : ils ont considéré que juger un ex-président n’était pas conforme à la constitution. Mais dans un exercice de contorsion, McConnell n’a pas caché son mépris, après le verdict. Selon lui, « le président Trump est, en pratique et moralement, responsable d’avoir provoqué les événements de cette journée » du 6 janvier. « Les émeutiers croyaient agir selon le désir et les instructions de leur président » qui a multiplié « les fausses déclarations et les théories du complot (…) avec le plus gros mégaphone du monde. »

Des images terribles et indélébiles

« Le 6 janvier restera à tout jamais un jour marqué par l’infamie », a tonné le leader des démocrates Chuck Schumer. Au cours du procès, l’Amérique a revu en boucle ces images de la horde des supporteurs de Donald Trump déferler sur le Congrès, tabasser des policiers à coups de drapeaux « MAGA » et écraser un officier hurlant de douleur contre une porte. Lisa Murkowski, la sénatrice républicaine de l’Alaska, s’est montrée catégorique : elle ne « voit pas comment » Donald Trump pourrait se représenter après cela.

L’épée de Damoclès de la justice et du 14e amendement

A peine le verdict tombé, le hashtag #14amendment s’est invité dans les tendances sur Twitter. Instauré après la guerre de Sécession, il peut être utilisé pour rendre un élu qui aurait participé ou contribué à une insurrection inéligible. Contrairement à une destitution, il s’agit d’un vote à la simple majorité de 51 sénateurs. Jeudi, Chuck Schumer n’a pas écarté cette possibilité. Sur MSNBC, Neal Katyal, Avocat général des États-Unis du gouvernement d’Obama, a toutefois estimé qu’il faudrait sans doute un verdict coupable au pénal pour que le 14e amendement puisse être invoqué au Congrès.

Dans son discours, Mitch McConnell a rappelé que même s’il avait été acquitté par le Sénat, Donald Trump pouvait encore faire face à la justice pour son rôle dans l’attaque du 6 janvier. Le procureur fédéral du district de Colombia avait assuré le mois dernier qu’il examinait la responsabilité « des différents acteurs à tous les niveaux ». Reste à voir si le département de la Justice de Joe Biden aurait la volonté politique de s’attaquer à son prédecesseur.

Quoi qu’il arrive sur ce front, Donald Trump est également sous la menace de la justice de l’Etat de New York, puisque le procureur de Manhattan qui enquête depuis des années sur une possible fraude fiscale et bancaire. Et cette semaine, la justice de Géorgie a ouvert une enquête sur l’appel téléphonique de Donald Trump au secrétaire d’Etat dans lequel il lui avait demandé de lui « trouver » près de 12.000 voix pour qu’il double Joe Biden. La justice civile de New York s’intéresse également à la Trump organization, sans compter les plaintes en diffamation de deux femmes qui accusent Donald Trump de viol et d’agression sexuelle (qu’il avait traitée de « menteuses »).

Une emprise sur le parti républicain qui risque de s’estomper

Donald Trump reste ultra-populaire au sein du parti républicain, mais sa cote de popularité est passée de plus de 90 % début novembre à 80 % aujourd’hui. Mais selon un sondage de CNBC publié cette semaine, seulement 48 % des républicains souhaitent qu’il reste le chef du parti. Echelon Insights, un cabinet d’analyse dirigé par d’anciens sondeurs républicains, le donne encore plus bas, à 41 % contre 40 % préférant une nouvelle personne.

Avec trois ans à venir loin des projecteurs, potentiellement sans ses mégaphones sur Twitter et Facebook – même s’il n’a pas exclu de lancer sa propre plateforme – son emprise sur le parti conservateur pourrait s’estomper davantage.

De nombreux challengers en 2024

La ligne de départ s’annonce encombrée. Mike Pence se pose en successeur naturel. Les sénateurs Ted Cruz et Josh Hawley et le gouverneur de Floride Ron DeSantis rêvent de reprendre le flambeau trumpiste, Nikki Haley a pris ses distances avec l’ex-président et les « Never Trumper » Mitt Romney et Ben Sasse chercheront sans doute à se placer. Pour sortir en tête d’une primaire, Donald Trump n’aurait toutefois besoin que du soutien d’environ 40 % des électeurs républicains. Et de l’énergie pour survivre à une campagne de 18 mois, à 78 ans.