Procès en destitution de Donald Trump : Acquittement en vue dès ce week-end, un choix avant tout politique

POUVOIR Malgré des vidéos chocs, les débats, qui pourraient se terminer dès samedi, ne semblent pas vraiment avoir fait bouger les lignes

P.B.
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Donald Trump le 14 octobre 2020.
Donald Trump le 14 octobre 2020. — Alex Brandon/AP/SIPA

Dans un procès au pénal, chaque membre du jury répond à une question complexe mais au final basique : est-ce que je crois, au-delà du doute raisonnable que le suspect est coupable? Mais Donald Trump n’a pas été inculpé, et il ne fait pas face à la justice américaine mais à 100 sénateurs à la fois juges, jurys et parties. Mis en accusation à la Chambre pour « incitation à l’insurrection » dans l’attaque du Capitole, l’ex-président américain reste très populaire au sein de l’électorat républicain. Face au risque de faire face à une réélection difficile, les sénateurs conservateurs devraient donc logiquement voter pour l’acquitter, avec un verdict attendu samedi ou dimanche.

Pitch final des démocrates

Jeudi, les procureurs démocrates ont terminé leur présentation. Après des vidéos chocs de l’assaut du Capitole dévoilées la veille, ils ont tenté de convaincre les sénateurs que Donald Trump était « l’instigateur en chef » d’une « dangereuse insurrection », notamment en examinant sa conduite avant, pendant et après le 6 janvier. On a vu des émeutiers inculpés assurer qu’ils avaient été « invités » par le président ou avoir « répondu à son appel ». « S’il revient au pouvoir et recommence, on ne pourra s’en prendre qu’à nous-mêmes. Il faut le condamner et le disqualifier [le rendre inéligible] » a insisté le procureur démocrate en chef, Jamie Raskin.

Verdict sans doute samedi

Sur le papier, les avocats de l’ancien locataire de la Maison Blanche disposent de la même durée, 16 heures sur deux jours, pour leurs plaidoiries. Mais l’un des conseils, David Schoen, a confirmé jeudi que l’affaire devrait être terminée vendredi en « trois ou quatre heures ».

De son côté, la procureure démocrate Madeline Dean a estimé que convoquer des témoins n’était pas nécessaire car « les Américains et les sénateurs ont tous été témoins » de l’attaque du 6 janvier. Du coup, les élus devraient pouvoir passer à une courte séance de questions samedi matin puis, après une plaidoirie finale, voter dans la soirée ou dimanche au plus tard.

Les lignes ne semblent pas avoir bougé

Pour les démocrates, l’équation reste la même : ils ont besoin du renfort de 17 républicains pour atteindre la majorité des deux tiers (67 sénateurs sur 100) pour destituer Donald Trump et ouvrir la porte à un second vote pour le rendre inéligible. Le problème pour les procureurs, c’est que seulement six républicains ont voté mardi pour confirmer que le procès était bien constitutionnel. Même si les six votaient pour condamner Donald Trump, ce qui est loin d’être garanti, il faudrait trouver 11 élus supplémentaires. Et plusieurs modérés comme Roy Blunt ou Rob Portman ont laissé entendre que même s’ils avaient trouvé la présentation des procureurs « efficace », ils n’avaient pas changé d’avis sur le fond. Idem pour Marco Rubio.

Jeudi, lors d’une pause, on a vu une discussion entre plusieurs rebelles, Mitt Romney et Lisa Murkowski, et quatre républicains ayant voté contre la tenue du procès, mais qui ont eu des mots durs contre Donald Trump : leur patron au Sénat Mitch McConnell, l’influent John Thune ainsi que Jerry Moran et Richard Burr, deux sénateurs qui ont parfois pris leur distance avec l’ex-président américain. Selon Bloomberg, McConnell a assuré en privé à des proches, mercredi, qu’il n’avait pas encore pris sa décision. Même avec quelques renforts très incertains, la marge de sécurité de Donald Trump semble insurmontable.