Kouchner, l'attaque faite à l'icône

PORTRAIT Avec «Le Monde selon K.», le French doctor a pris un sérieux coup dans l'aile...

Armelle Le Goff

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Fadela Amara congratule le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner après sa réponse à l'opposition lors des traditionnelles questions aux gourvernement, Paris, le 4 février 2009.
Fadela Amara congratule le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner après sa réponse à l'opposition lors des traditionnelles questions aux gourvernement, Paris, le 4 février 2009. — SIPA

Ce jeudi, il devait déjeuner avec Hillary Clinton, la nouvelle secrétaire d'Etat américaine. De quoi lui faire oublier ses soucis hexagonaux. Ces «fariboles», comme il le dit dans une interview au «Figaro», qui voudraient faire de lui un affairiste. Lui, qui, jeune médecin en 1968, choisit l'humanitaire et le Biafra (Nigeria) plutôt que s'atteler confortablement à l'écriture de sa thèse de médecine qu'il ne rendra finalement qu'un an plus tard. Lui, dont son ami Michel-Antoine Burnier, auteur, à son sujet, d'une bio hagiographique* dit pourtant «qu'il est de tous ses amis de jeunesse, celui qui a le moins changé».

Avec «Le Monde selon K.» (Ed. Fayard) publié mercredi, le French doctor a quand même pris un sérieux coup dans l'aile. Une étude sur le système de santé gabonais, facturée plus de 2 millions d'euros, quand l'accès aux soins reste, selon le site du ministère des Affaires étrangères insatisfaisant et les indicateurs de santé médiocres, ça passe mal. Certes, sur le plan du droit, il n'y a rien de répréhensible, mais sur celui de la morale? «Quand Omar Bongo commande une étude à Imeda qui emploie Bernard Kouchner, ce n'est pas pour réformer son système de santé mais bien pour miser sur un homme politique français. Même s'il n'y a rien à dire sur les contrats, cela engendre un type de relations qui peuvent être dangereuses pour le ministre. On n'est plus dans des relations d'Etat à Etat», analyse Antoine Glaser, auteur de «Sarko en Afrique» (Ed. Plon) et directeur de «La Lettre du continent».

Un va-t'en guerre

Il y a ce portrait en creux: Bernard Kouchner, acquis aux thèses des néoconservateurs américains, serait, en fait, un va-t'en guerre. Des positions dénoncées notamment par l'ancien ministre des Affaires étrangères socialiste Hubert Védrine qui pourfend son «occidentalisme», façon de disqualifier la conviction kouchnérienne que pour le bien, on peut user de la force. A son arrivée au ministère, Kouchner espéra que son concept d'ingérence pourrait s'appliquer au Darfour. Il dut se replier sur le déploiement de l'Eufor (3.700 soldats) à l'est du Tchad. Une initiative qui ne s'avère pas franchement une réussite.

Il y a aussi ce discrédit. Au fond, Kouchner n'y connaîtrait pas grand-chose en diplomatie. Ses contempteurs au ministère en font un «naïf. Instinctif certes, mais pas très malin». Aujourd'hui, la politique extérieure de la France, de toute façon, c'est 'Elysée et Jean-David Lévitte. Et ce livre sera sans doute un nouveau moyen pour «le château» de mettre le ministre et le Quai d'Orsay sous cloche.

* «Les 7 vies du Dr. Kouchner» (Ed. XO)