Procès en destitution de Donald Trump : Les discours et les tweets de l’ex-président utilisés contre lui

COMPTE RENDU Au second jour de l'audience, les procureurs démocrates ont passé beaucoup de temps à examiner la journée du 6 janvier, mais également les semaines qui l'ont précédée

Philippe Berry

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Procès de Donald Trump: Des vidéos inédites montrent l'attaque du Capitole vécue de l'intérieur — 20 Minutes

De notre correspondant aux Etats-Unis,

C’est l’un des piliers du droit américain : tout ce que vous direz pourra être utilisé contre vous. Au second jour du procès en destitution de Donald Trump devant le Sénat, mercredi, les procureurs démocrates ne se sont pas privés d’exploiter les nombreux discours et tweets de l’ex-président pour l’incriminer. Selon eux, non seulement Donald Trump est « l’incitateur en chef » de « l’insurrection » menée par ses supporteurs contre le Capitole. Mais, ont-ils assuré, « sa conduite était délibérée, planifiée et préméditée ». Avec le but, préparé pendant plusieurs semaines, « d’empêcher le transfert pacifique du pouvoir ».

L’élu Eric Swalwell a découpé la stratégie de Donald Trump en quatre étapes. Selon lui, Donald Trump a d’abord préparé le terrain en assurant, fin octobre : « On ne va pas les laisser nous voler cette élection, ils ne peuvent gagner que comme ça […] la seule façon dont on peut perdre est s’il y a une fraude massive ». Puis, après sa défaite le 3 novembre, est venu ce que les démocrates appellent le « grand mensonge » («the big lie ») : l’élection « a été volée ». Ensuite, Donald Trump a mobilisé ses supporteurs avec la campagne « Stop the steal » («Stoppez le vol »). Enfin, il les a « incités à la violence » en les appelant à « marcher » vers le Capitole et à « se battre farouchement » («fight like hell »).

« Des groupes qu’il a cultivés pendant des mois »

Pendant plusieurs heures, les « managers » (procureurs) de la Chambre sont revenus sur les efforts de Donald Trump pour contester le verdict des urnes. Ses 60 recours devant la justice. Ses pressions sur des responsables locaux pour ne pas certifier les résultats, puis sur des élus locaux pour choisir des grands électeurs alternatifs. Son coup de fil au secrétaire d’Etat de Géorgie pour exiger qu’il lui « trouve » un peu plus de 11.700 voix pour dépasser Joe Biden.

Et puis « le président Trump s’est retrouvé à court d’options non violentes pour se maintenir au pouvoir », a assuré l’élu Ted Lieu. C’est lorsqu’il « s’est tourné vers des groupes qu’il a cultivés pendant des mois » a embrayé Stacey Plaskett. Elle a diffusé la vidéo du débat présidentiel lors duquel Donald Trump appelait le groupe d’extrême droite des Proud Boys au calme mais « à se tenir prêts ». Les procureurs ont montré de nombreuses captures d’écran d’internautes qui se sont préparés à « envahir le Capitole », notamment sur le réseau social Parler ou le forum TheDonald.win.

Timing minute par minute

Les procureurs ont utilisé plusieurs vidéos mettant en parallèle le discours de Donald Trump du 6 janvier et les réactions de ses supporteurs. Alors qu’il les invite à se diriger en faisant preuve de « force » vers le Congrès, réuni pour certifier les résultats, on entend la foule qui l’écoute crier « Envahissons le Capitole. Prenons le Capitole ! »

Si de nombreuses vidéos, provenant en grande partie du réseau social Parler, étaient déjà connues, plusieurs nouvelles images de vidéosurveillance ont été dévoilées. Le policier Eugene Goodman a d’abord alerté le sénateur Mitt Romney, alors que des émeutiers venaient de pénétrer dans le Capitole. Puis il a harangué la meute pour l’éloigner des portes du Sénat où se trouvaient encore de nombreux élus.

Mike Pence, lui, était dans un bureau avec sa famille à moins de 30 mètres de là alors que la foule chantait « Pendons Mike Pence ». Le vice-président a été évacué deux minutes après un tweet de Trump critiquant son manque de patriotisme pour avoir refusé de contester les résultats. Jamie Raskin, le procureur en chef démocrate l’a assuré : « Donald Trump a commis la plus grande trahison du serment présidentiel de l’histoire des Etats-Unis […] Il doit être condamné et disqualifié [déclaré inéligible] ». L’audience continue ce jeudi, puis les avocats de Donald Trump auront deux jours pour le défendre.