Russie : L’équipe de Navalny parle sanctions avec l’UE, Moscou dénonce une « trahison »

DIPLOMATIE Selon le président du parlement russe, une proposition de loi est en cours d’élaboration pour punir des proches d'Alexeï Navalny 

20 Minutes avec AFP

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Des policiers anti-émeutes russes devant des barrières en cas d'éventuelles protestations de partisans de l'opposant Alexeï Navalny à Moscou, le 7 février 2021.
Des policiers anti-émeutes russes devant des barrières en cas d'éventuelles protestations de partisans de l'opposant Alexeï Navalny à Moscou, le 7 février 2021. — Alexander NEMENOV / AFP

Moscou a qualifié mardi de « traîtres » les proches de l'opposant incarcéré Alexeï Navalny pour avoir discuté avec l’UE de sanctions contre de hauts responsables russes, le Kremlin évoquant l’adoption d’une nouvelle loi pour les punir. L’équipe du détracteur numéro 1 du président russe Vladimir Poutine a en outre appelé à des flashmobs de soutien le 14 février à 20 heures en Russie, demandant aux Russes de sortir dans leurs cours d’immeuble avec un téléphone, une lampe ou une bougie à la main.

Un des plus proches collaborateurs d’Alexeï Navalny a annoncé lundi soir avoir « discuté avec des représentants des pays de l’UE » d’un « paquet de sanctions » ciblées qui viseraient le « cercle le plus proche et les soutiens » du président russe.

Qualifier « d’actes criminels » les appels à des sanctions contre la Russie

Les personnes visées seraient notamment les oligarques Roman Abramovitch et Alicher Ousmanov, le présentateur de télévision pro-Kremlin Vladimir Soloviov, le directeur de la chaîne Pervy Kanal Konstantin Ernst, le banquier Andreï Kostine ou encore Igor Chouvalov, un ancien haut responsable gouvernemental. Ces sanctions concerneraient également les enfants du secrétaire général du Conseil de sécurité russe, Nikolaï Patrouchev, dont le fils est ministre de l’Agriculture, et du directeur des services de sécurité (FSB), Alexandre Bortnikov, eux-mêmes déjà sanctionnés.

La délégation polonaise auprès de l’Union européenne a confirmé sur Twitter la tenue de cette réunion par visioconférence avec Léonid Volkov et Vladimir Achourkov, un autre collaborateur d’Alexeï Navalny, en présence des « représentants permanents des 27 aux côtés des ambassadeurs des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, du Canada et de l’Ukraine ».

Cette initiative a été brocardée par Moscou, la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova dénonçant une « trahison ». « Il m’est totalement incompréhensible de voir comment des gens qui parlent de l’avenir de la Russie peuvent courir vers ceux qui considèrent la Russie comme leur adversaire », a-t-elle déclaré à la télévision Rossiya 24. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a de son côté jugé approprié de légiférer pour qualifier « d’actes criminels » les appels à des sanctions contre la Russie.

Une proposition de loi en ce sens est en cours de rédaction, selon le président de la Douma, la chambre basse du Parlement, Viatcheslav Volodine. « Il est évident qu’une telle initiative bénéficiera d’un large soutien », a commenté Dimitri Peskov. L’idée d’un tel texte est discutée depuis un appel d’alliés de Navalny à sanctionner 35 hauts responsables russes adressé au président américain Joe Biden. La Russie est déjà visée par de multiples sanctions occidentales, notamment pour l’annexion de la Crimée en 2014 et l’empoisonnement de l’ex-agent double Sergueï Skripal en 2018.

L’UE multiplie les critiques et sanctions

L’UE a réclamé à maintes reprises la libération d’Alexeï Navalny, emprisonné le 17 janvier et qui a écopé depuis de près de trois ans de prison. Lui estime que le Kremlin cherche à le faire taire en l’emprisonnant, après avoir échoué à le tuer en août en l’empoisonnant. Les Européens accusent Moscou de refuser d’enquêter sur cet empoisonnement, ce qui a conduit les 27 à déjà sanctionner plusieurs hauts responsables russes. Ils ont aussi dénoncé la répression des manifestations pro-Navalny fin janvier et début février qui ont donné lieu à des milliers d’arrestations, les autorités arguant du caractère « non-autorisé » du rassemblement, notamment du fait de la pandémie.

Témoignant de l’ampleur des tensions russo-européenne, Moscou a expulsé trois diplomates européens vendredi, les accusant d’avoir participé à des rassemblements d’opposition. Une gifle politique, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell étant en Russie justement ce jour-là. Les trois pays concernés ont répliqué en déclarant personae non grata trois diplomates russes et l’UE réfléchit, sur fond de divergences internes, à l’opportunité de nouvelles sanctions.