Chine : Clubhouse, un réseau social où les citoyens s'exprimaient librement, finalement bloqué

CENSURE De nombreux citoyens chinois avaient notamment évoqué l’emprisonnement des Ouïgours, les manifestations prodémocratie à Hong Kong ou leurs expériences homosexuelles

20 minutes avec agences
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Le président chinois Xi Jinping, le 24 novembre 2020 à Pékin.
Le président chinois Xi Jinping, le 24 novembre 2020 à Pékin. — CHINE NOUVELLE/SIPA

En Chine, la fête aura duré environ une semaine sur Clubhouse, un réseau social américain qui permet aux utilisateurs, uniquement sur invitation, d’écouter et de participer à des conversations vocales en direct dans des « salles » virtuelles. Lancée en mai 2020, Clubhouse avait ainsi pendant un bref moment contourné les censeurs et attiré des foules d’internautes chinois, en particulier après la participation du milliardaire Elon Musk à une conversation plus tôt dans le mois.

Ces derniers jours, les internautes chinois avaient rempli ces « salles » pour discuter de sujets habituellement censurés. Mais lundi soir en Chine, l’application a affiché un message d’erreur pour les utilisateurs qui ne disposaient pas de VPN pour établir une connexion sécurisée, un signe indubitable d’une réaction hostile du gouvernement.

L’incarcération des Ouïgours débattue

Samedi dernier, sur l’application Clubhouse, ce sont plus de 1.000 utilisateurs qui étaient venus rejoindre un débat sur l’incarcération massive des Ouïgours au Xinjang. Au cours des discussions, au moins trois d’entre eux avaient raconté leurs expériences personnelles ainsi que plusieurs personnes de l’ethnie han (Chinois de souche) affirmant vivre dans cette région.

« J’ai vécu dans un gros mensonge » a dit une femme ayant changé d’opinion après un séjour à l’étranger qui lui a permis d’avoir plus d’informations sur le Xinjiang. D’autres ont pris la défense de Pékin, un homme jugeant par exemple que les « camps de rééducation » étaient nécessaires. Les modérateurs ont laissé les gens s’exprimer en chinois sans interruption, lors d’une conversation achevée le lendemain dans l’après-midi.

Briser les tabous

Lundi, plus de 2.000 internautes se sont rassemblés pour discuter de la répression sanglante de Tiananmen en 1989, un sujet aussi complètement tabou en Chine. Des internautes venus de Hong Kong et Taïwan se sont également invités dans les débats. Mais les conversations ne se sont pas limitées aux sujets politiques sensibles : l’application a aussi été l’occasion pour des homosexuels de pouvoir évoquer leurs expériences et déboires.

« A l’ère (du président) Xi, l’interdiction n’est qu’une question de temps », estime Lokman Tsui, professeur de communication à l’Université chinoise de Hong Kong. Les utilisateurs de Clubhouse ont ainsi profité d’une rare fenêtre de liberté d’expression dans un pays où les réseaux sociaux internationaux comme Twitter et Facebook n’ont pas droit de cité.

Une censure radicale

Les espaces de libre expression en ligne ont été « drastiquement réduits » depuis 2013, l’année où Xi Jinping est devenu président, juge également Emilie Frenkiel, professeure associée à l’Université de Paris Est Créteil. Mais, selon elle, les opportunités de parler librement de sujets sensibles avec d’autres interlocuteurs parlant chinois, comme les Taïwanais, est « tellement rare que même si c’est risqué, beaucoup veulent malgré tout en profiter ».

Et c’est d’ailleurs ce que tous les internautes regrettaient le plus après l’interdiction : la disparation trop précoce d’un espace précieux de débat sans limite. « Si je suis venu ici, souligne ainsi l’un d’eux, c’est parce que la parole n’était pas censurée ».