Cuba : L’île s’ouvre en grand au secteur privé pour relancer son économie

REVOLUTION Les secteurs réservés à l’Etat ne seront désormais plus qu’une minorité

20 Minutes avec AFP
— 
Une rue de La Havane, le 9 janvier 2020.
Une rue de La Havane, le 9 janvier 2020. — Ernesto Mastrascusa/EFE/SIPA

La page de la révolution socialiste menée par Fidel Castro en 1959, qui avait entraîné une vague de nationalisations et la mainmise de l’Etat sur l’ensemble de l’économie, est en train de se tourner. Cuba a annoncé samedi que l’activité privée serait désormais autorisée dans la plupart des secteurs.

La mesure, dévoilée en août dernier par la ministre du Travail, Marta Elena Feito, a été approuvée vendredi en Conseil des ministres, selon le quotidien officiel Granma, du Parti communiste au pouvoir. « C’est un pas énorme et historique », a commenté sur Facebook Oniel Diaz, entrepreneur et patron du cabinet de consultants Auge, qui conseille une cinquantaine d’entrepreneurs privés cubains.

Rapprochement en 2014 avec les Etats-Unis

L’ouverture au secteur privé a commencé timidement dans les années 1990 avant d’être pleinement autorisée en 2010, même si son véritable essor date du réchauffement historique entre Cuba et les Etats-Unis initié fin 2014 sous Barack Obama. Mais il restait cantonné à une liste d’activités fixée par l’Etat. « La liste antérieure des 127 activités [autorisées] est éliminée », a indiqué la ministre du Travail. Désormais, les secteurs réservés à l’Etat ne seront qu’une minorité : « sur les plus de 2.000 activités dans lesquelles est permis l’exercice de travail privé (…), ne seront limitées, de façon partielle ou totale, que 124 », a-t-elle expliqué. Des secteurs stratégiques comme la presse, la santé et la défense devraient cependant rester interdits à l’activité privée.

« Que le travail privé continue à se développer, c’est l’objectif de cette réforme de perfectionnement » du secteur, a assuré la ministre. La réforme est « une étape importante pour augmenter l’emploi », a renchéri le ministre de l’Economie Alejandro Gil. Elle va « dans le même sens que l’unification monétaire » entrée en vigueur début janvier. Ces deux réformes visent à relancer l’économie : elle a chuté de 11 % en 2020 sous l’effet de la pandémie de coronavirus, qui a privé Cuba des précieuses devises des touristes.

L’incertitude pour les PME

Plus de 600.000 Cubains travaillent dans le privé, soit 14,5 % de la population active, dans cette île de 11,2 millions d’habitants. Ils sont employés essentiellement dans la gastronomie, les transports (taxis) et la location de chambres aux touristes.

Le gouvernement a également annoncé la création d’un guichet unique pour solliciter sa licence dans le privé. Mais il reste une revendication en suspens : la possibilité de créer des petites et moyennes entreprises. Sur Twitter, l’économiste Pedro Monreal se demande d’ailleurs si cette réforme « sera le premier » pas avant l’approbation des PME, que le gouvernement étudie depuis 2016.