Un livre qui découpe le Docteur Kouchner au scalpel

DIPLOMATIE Pierre Péan publie ce mercredi un livre qui jette le discrédit sur le ministre des Affaires étrangères...

Armelle le Goff

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Le livre dresse une critique sévère des positions de politique étrangère de Bernard Kouchner, en particulier sur le Rwanda, et l'accuse de mélange des genres entre activités publiques et privées.
Le livre dresse une critique sévère des positions de politique étrangère de Bernard Kouchner, en particulier sur le Rwanda, et l'accuse de mélange des genres entre activités publiques et privées. — Francois Guillot AFP

Saignant. «Le Monde selon K.», que Pierre Péan publie ce mercredi chez Fayard risque de faire beaucoup de mal à l'un des hommes politiques préférés des Français, figure de la gauche, et aujourd'hui ministre des Affaires étrangères du gouvernement de François Fillon.

Le journaliste, auteur d'Une jeunesse française, François Mitterrand», qui révéla en 1994 que l'ancien président avait été décoré par le gouvernement de Vichy, dénonce cette fois le mélange peu orthodoxe pratiqué par Bernard Kouchner ministre et Bernard Kouchner conseiller free-lance.

Entre 2002 et son entrée au gouvernement en 2007, l'ancien «french doctor» aurait effectué, via sa société BK Consultants et trois entreprises Danomex, Africa Steps et Imeda International Medical Alliance, gérées par Jacques Baudouin et Eric Danon, qui le rejoindront au Quai d'Orsay, des études facturées à prix d'or* auprès de chefs d'Etat africains, parmi les plus fiers représentants de la Françafrique, Omar Bongo ou Denis Sassou Nguesso.

Une facture en souffrance de 81.7000 euros

Son créneau? Le conseil en systèmes de santé. Problème, selon Péan, depuis 2002, Kouchner est aussi président du groupement d'intérêt public Esther, qui a pour vocation la mise en place de réseaux nord-sud de santé publique. Le mélange n'est pas du meilleur goût. Mais là où tout cela devient vraiment gênant, c'est lorsque Kouchner ministre, selon Péan qui n'en apporte néanmoins pas la preuve, réclame son dû à Omar Bongo, qui lui aurait commandé un audit en 2004, lorsque celui vient rendre visite au président Sarkozy le 25 mai 2007. Ou lorsque le 7 septembre, Eric Danon, nommé Ambassadeur de France à Monaco, envoie une lettre de relance à Libbreville pour une facture en souffrance de 81.7000 euros, au nom d'Africa Steps/Imeda, dont le site Bakchich.info s'est procuré le fac-similé.

D'après Péan, ce sont les petites affaires du docteur Kouchner qui coûteront à Jean-Marie Bockel son secrétariat d'Etat. Ce dernier avait eu la mauvaise idée de se faire le fossoyeur de la Françafrique. Une analyse que corrobore ce spécialiste du continent, qui requiert l'anonymat, arguant qu'en achetant les services de Kouchner Omar Bongo aura surtout voulu s'attacher «ceux d'un homme d'influence».

* Au Gabon, le montant des contrats facturés par Imeda et Africa Steps serait, selon Péan, de 2.646.388 euros

Défense Dans un communiqué officiel, Bernard Kouchner affirme n'avoir été que consultant de la société Imeda et n'avoir jamais eu aucune raison de se préoccuper du règlement des factures de celle-ci. Pour son biographe Michel-Antoine Burnier, auteur de «Les 7 vies du Dr Kouchner» (Ed. XO), les accusations portées par Péan à l'encontre de Kouchner sont «nauséabondes».