Coronavirus : Que sait-on des vaccins chinois et russe qui pourraient être autorisés en Europe ?

VACCINATION Mardi, l’UE, par la voix de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a ouvert la porte à l’étude des vaccins chinois et russe

Manon Aublanc

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Illustration d'une infirmière préparant le vaccin contre le Covid-19.
Illustration d'une infirmière préparant le vaccin contre le Covid-19. — Lewis Joly / JDD/SIPA
  • Six contrats avec des fabricants de vaccins anti-Covid ont été conclus par l’Union européenne, mais seulement trois sont pour l’instant autorisés sur le Vieux Continent : Pfizer-BioNTech, Moderna et AstraZeneca.
  • La Commission européenne est sous le feu des critiques après d’importants retards de production et de livraisons des vaccins.
  • La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est montrée ouverte mardi à un accès des vaccins chinois et russe au marché européen.

Avec seulement 2,3 % de la population vaccinée et l’arrivée des variants, plus contagieux, l’Union européenne est encore loin d’entrevoir la fin de l’épidémie de coronavirus. La Commission européenne, critiquée après d’importants retards de livraison de vaccins, pourrait autoriser ceux de la Russie et de la Chine sur son territoire pour accélérer la campagne de vaccination.

Jusqu’ici, l’Union européenne a conclu six contrats avec des fabricants de vaccins anti-Covid, mais trois seulement (Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZeneca) sont pour l’instant autorisés. Une situation qui pourrait bientôt évoluer. Mardi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est montrée ouverte à un accès des vaccins chinois et russe au marché européen, à condition qu’ils démontrent une transparence totale et se soumettent à l’évaluation du régulateur européen. 20 Minutes fait le point sur ces deux vaccins.

Comment fonctionnent ses deux vaccins russe et chinois ?

Contrairement aux vaccins Pfizer-BioNTech et Moderna, autorisés en Europe, le vaccin russe Spoutnik V, baptisé en hommage au premier satellite envoyé dans l’espace par l’URSS en 1957, n'utilise pas la technique de l’ARN messager. Il s’agit d’un vaccin « à vecteur viral », c’est-à-dire qui utilise des adénovirus, d’autres virus rendus inoffensifs et adaptés pour combattre le Covid-19, comme base. Le virus modifié pénètre dans les cellules des personnes vaccinées, qui fabriquent alors une protéine typique du SARS-CoV-2, éduquant leur système immunitaire à le reconnaître. Cette méthode est également utilisée pour le vaccin d’AstraZeneca/Oxford. Si ce dernier se base sur un unique adénovirus de chimpanzé, le Spoutnik V russe utilise deux adénovirus humains différents pour chacune des deux injections, ce qui provoquerait une meilleure réponse immunitaire, selon ses concepteurs.

Côté chinois, plusieurs laboratoires se sont lancés dans la course au vaccin, les plus avancés étant ceux de Sinopharm et CoronaVac, développé par le laboratoire Sinovac. Ces deux produits utilisent la même technologie, celle du virus inactivé, qui consiste en une injection d’un virus isolé et inactivé afin de faire réagir l'organisme. Le système immunitaire reconnaît le virus et produit des défenses de manière préventive. Il s’agit d’une technologie très fréquemment utilisée pour les vaccins (grippe, polio).

Quels sont leurs taux d’efficacité ?

Selon des résultats publiés mardi dans la revue médicale The Lancet et validés par des experts indépendants, le vaccin Spoutnik V, qui nécessite deux doses et qui se conserve au réfrigérateur entre 2 et 8 °C, est efficace à 91,6 %. « C’est à notre avis le meilleur vaccin au monde, au niveau efficacité, sécurité, prix et logistique », a assuré mardi Kirill Dmitriev, directeur du Fonds souverain russe, qui a participé à la mise au point et au développement du vaccin. Ces résultats sont comparables à ceux des vaccins de Pfizer-BioNTech et Moderna, et même supérieurs à celui d’AstraZeneca, dont l’efficacité est de 70 % en moyenne.

Le vaccin chinois Sinopharm, qui nécessite deux doses à 28 jours d’intervalle et qui se conserve comme celui de la Russie, est efficace à 79 %, selon les chiffres communiqués par le laboratoire. Quant à son « petit frère », Sinovac, dont l’utilisation et la conservation sont les mêmes que Sinopharm, les données sont très différentes selon les pays. La Turquie a affirmé que celui-ci était efficace à 91,25 %, un taux supérieur à celui de 78 % annoncé par le Chili, 65,3 % par l’Indonésie et 50,38 % par le Brésil.

Ces vaccins sont-ils déjà distribués dans d’autres pays ?

Si l’Agence européenne du médicament (AEM) n’a pas encore donné son feu vert, 40.000 doses de Spoutnik V sont arrivées, mardi, en Hongrie, premier pays européen à l’avoir autorisé, sans attendre que l’Agence européenne des médicaments se prononce. Outre la Russie, ce vaccin a été homologué dans 17 pays : d’ex-républiques soviétiques restées proches comme la Biélorussie et l’Arménie, des alliés comme le Venezuela et l’Iran, mais aussi la Corée du Sud, l’Argentine, l’Algérie, la Tunisie ou le Pakistan et, en urgence mardi, le Mexique.

En plus de la Chine, où un million de personnes l’ont déjà reçu, le vaccin de Sinopharm est administré au Maroc, en Algérie, en Egypte et également en Hongrie. Quant à celui de Sinovac, déjà injecté à plusieurs millions de personnes en Chine, il est également utilisé en Indonésie, en Turquie, au Chili et au Brésil.

Ces deux vaccins vont-ils être autorisés en Europe ?

Face aux retards de livraison, et donc de la vaccination, l’Europe pourrait autoriser les vaccins chinois et russe, à condition qu’ils démontrent une transparence totale et se soumettent à l’évaluation du régulateur européen. « Quiconque veut avoir accès au marché européen doit se soumettre aux règles d’examen » de l’Agence européenne des médicaments (EMA), a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, mardi. « Parmi les critères de sélection », le fabricant du vaccin « doit avoir une capacité de production dans l’UE : le but est de s’assurer qu’on peut passer à des livraisons rapides le jour où le vaccin reçoit le feu vert de l’EMA », avait auparavant souligné un porte-parole de la Commission européenne.

Des propos qui font écho à ceux de la chancelière allemande sur le vaccin russe. « Tous ceux qui obtiennent une autorisation de l’EMA seront absolument bienvenus, j’ai parlé précisément de ce point avec le président russe », Vladimir Poutine, a dit Angela Merkel, mardi soir, à la télévision publique ARD. La chancelière allemande a aussi entrouvert la porte au vaccin chinois, soulignant qu’un pays comme « la Serbie vaccine plus vite » que le reste de l’Europe « avec le vaccin chinois ». Les autorités russes ont déposé une demande d’enregistrement dans l’Union européenne et attendent un « premier examen en février ». Leur sort est entre les mains de l’Agence européenne des médicaments.