Etats-Unis : Qui est Marjorie Taylor Greene, l’élue pro-QAnon qui horrifie le Congrès ?

PORTRAIT Pendant sa campagne, elle s’était revendiquée de la mouvance pro-Trump QAnon, un mouvement d’extrême droite complotiste

Lucie Bras

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Marjorie Taylor Greene, élue pro-Trump à la Chambre des représentants, le 4 janvier 2020.
Marjorie Taylor Greene, élue pro-Trump à la Chambre des représentants, le 4 janvier 2020. — Tom Williams/CQ-Roll Call/Sipa U
  • Après sa victoire en novembre dernier dans un bastion ultra-conservateur de Géorgie, Marjorie Taylor Greene ne fait pas l’unanimité, même au sein de son parti.
  • Pendant sa campagne, elle s’était revendiquée de la mouvance pro-Trump QAnon, un mouvement d’extrême droite complotiste.
  • Appelée à la démission, elle vient d’être qualifiée de « cancer » par le sénateur Mitch McConnell, chef des républicains au Sénat américain.

C’est « un cancer pour le parti républicain ». Il n’y est pas allé de main morte, le sénateur Mitch McConnell, chef des républicains au Sénat américain, pour qualifier, sans la nommer, Marjorie Taylor Greene ce lundi. Elue en novembre aux Etats-Unis, dans un coin très conservateur de la Géorgie, cette Américaine de 46 ans consterne et inquiète la classe politique américaine, qui appelle son départ de ses vœux.

« Grande victoire ce soir ! », avait tweeté la Républicaine le soir de son élection avec 75 % des voix, une majorité écrasante. Un résultat aussitôt salué par Donald Trump : « Marjorie est solide à tous égards et elle n’abandonne jamais – une vraie GAGNANTE ! » Depuis, des vidéos de ses déclarations ont refait surface. Comme par exemple cette scène datant de 2019, dans laquelle elle est filmée en train de suivre David Hogg, un jeune survivant de la tuerie de Parkland, qui avait fait 17 morts en 2018. Alors qu’il milite désormais pour la limitation des armes individuelles, Marjorie Taylor Greene lui demandait de s’expliquer sur sa position. « C’est un lâche », peut-on l’entendre dire.

Masques anti-Covid mais pro-Trump

Sur Facebook, elle avait aussi affirmé que plusieurs fusillades dans des écoles avaient été mises en scène, afin de durcir l’encadrement des armes à feu. Une position sur laquelle elle est revenue depuis, après avoir rencontré des parents de victimes. Toujours sur le réseau social, la républicaine avait « aimé » un commentaire affirmant qu’une « balle dans la tête » de Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, serait la façon la plus rapide pour qu’elle n’occupe plus ses fonctions, d’après CNN.

« Je suis la plus grande menace pour les démocrates et les médias militants. (…) Ils pensent que Trump est parti, alors ils nous attaquent, vous et moi. Il n’est pas parti. Nous ne reculerons pas et nous n’abandonnerons jamais ! » a tweeté l’élue à la chambre des représentants. La députée républicaine est en effet fermement convaincue du vol de la victoire de Donald Trump par Joe Biden. Une opinion, contestée par les résultats officiels, qu’elle a d’ailleurs fait passer sur ses différents masques contre le Covid-19, au gré de ses apparitions : « Trump a gagné », « Stop au vol [de l’élection] » pouvait-on lire au bas de son visage.  Son compte Twitter a ainsi été suspendu pendant douze heures après des déclarations dénonçant de prétendues fraudes aux élections.

La « cabale mondiale de pédophiles satanistes », elle y croit

Celle qui se revendique « 100 % pro-life [anti-avortement], pro-armes à feu et pro-Trump » apporte son soutien aux thèses complotistes de la mouvance d’extrême droite QAnon. « C’est l’occasion d’une vie d’éliminer cette cabale mondiale de pédophiles satanistes et je pense que nous avons le président qu’il faut pour cela », avait-elle déclaré lors de la dernière campagne. Depuis son élection, Greene a cependant pris ses distances avec le mouvement.

Affirmant que les manifestants du mouvement anti-racisme Black Lives Matter étaient de dangereux antifas, elle a aussi assuré que les hommes blancs étaient « le groupe le plus maltraité aujourd’hui aux Etats-Unis » et nié que les Afro-Américains soient victimes de racisme. « Vous savez quoi ? Le racisme, c’est fini », avait-elle affirmé dans une vidéo publiée par Politico. « Les Noirs ont les mêmes droits. » Elle a en outre dénoncé « une invasion islamique », en allusion à l’élection en 2018 à la Chambre des représentants de deux femmes musulmanes, Ilhan Omar et Rashida Tlaib.

Une rencontre au sommet à Mar-a-Lago

Des opinions qui choquent même au sein de son propre parti aux Etats-Unis : « Quelqu’un qui a suggéré qu’il n’y avait peut-être pas d’avion qui s’était écrasé sur le Pentagone le 11-Septembre, que les épouvantables fusillades dans les écoles avaient été mises en scène, (…) ne vit pas dans le monde réel », a déclaré Mitch McConnell dans un communiqué adressé au média The Hill. « Ce qui m’inquiète c’est que les dirigeants républicains de la Chambre soient prêts à (…) ignorer ces déclarations », s’est indignée Nancy Pelosi. « La nommer à la commission sur l’Education, alors qu’elle s’est moquée des tueries d’enfants, (…) mais à quoi pensaient-ils donc ? » En réaction, le chef des républicains à la chambre basse, Kevin McCarthy, a indiqué qu’il allait s’entretenir avec elle, selon CNN.

Alors que plusieurs membres du congrès appellent à sa démission, hypothèse hautement improbable, elle, affirme avoir reçu le soutien de Donald Trump et a indiqué qu’elle devrait le rencontrer dans les prochaines semaines à Mar-a-Lago, en Floride. De quoi rendre encore plus improbable une éventuelle action de son parti, car s’attaquer à elle, c’est s’attaquer à l’héritage de l’ancien président. Pas de quoi, en revanche, faire plier les démocrates, qui se sont dits prêts à prendre des mesures de manière unilatérale pour démettre l’élue de toute responsabilité dans un comité.