Birmanie : L’armée tient fermement le pays au lendemain du coup d’Etat

PUTSCH Lundi, les militaires birmans ont arrêté Aung San Suu Kyi et ont proclamé l’état d’urgence pour un an

20 Minutes avec AFP

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L'armée dans les rues de Naypyidaw, le 2 février 2021.
L'armée dans les rues de Naypyidaw, le 2 février 2021. — STR / AFPTV / AFP

Au lendemain du coup d’Etat au cours duquel elle a arrêté la dirigeante Aung San Suu Kyi, et malgré les multiples condamnations internationales, l’armée birmane continuait de tenir fermement les commandes du pays, ce mardi.

Lundi, les militaires birmans ont arrêté Aung San Suu Kyi, 75 ans, et d’autres dirigeants de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), juste avant la première session du parlement et ont proclamé l’état d’urgence pour un an, mettant brusquement fin à une parenthèse démocratique de 10 ans.

L’aéroport de Rangoun toujours fermé

La LND a appelé à la « libération » immédiate de la prix Nobel de la paix 1991 et des autres responsables du mouvement, dénonçant une « tache dans l’histoire de l’Etat et de Tatmadaw », l’armée birmane. Ce putsch a été condamné par nombre d'Etats, Washington menaçant d’imposer des sanctions, et une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU aura lieu ce mardi. 24 heures après, les langues avaient du mal à se délier par peur de représailles dans un pays qui a vécu, depuis son indépendance en 1948, sous le joug de la dictature militaire pendant près de 50 ans.

Aucun signe de présence militaire significative n’était visible à Rangoun, la capitale économique, preuve de la confiance des militaires dans leur emprise sur le pays, d’après des observateurs. Les connexions téléphoniques et l’accès à Internet, très perturbés la veille, fonctionnaient à nouveau, les banques étaient rouvertes, mais l’aéroport international de Rangoun restait fermé. Les marchés et les rues, généralement animés malgré la pandémie de coronavirus, étaient plus calmes qu’à l’ordinaire, même si quelques habitants se rendaient au parc pour leurs exercices matinaux, ont constaté des journalistes.

Aung San Suu Kyi assignée à domicile ?

L’armée n’a divulgué aucune information sur le lieu de détention d'Aung San Suu Kyi, du président Win Myint et des autres responsables de la LND interpellés. On nous a dit qu'« elle était assignée à résidence à son domicile de Naypyidaw », la capitale, a déclaré une députée de son parti, sous couvert d’anonymat. « Mais nous sommes inquiets, nous souhaiterions des photos » pour nous rassurer sur sa condition, ajoute cette parlementaire, elle-même assignée à résidence dans le bâtiment où résident les députés. « Nous avons des vivres, mais nous ne pouvons pas sortir de l’enceinte à cause des soldats » toujours présents, a relevé la députée. Pour justifier leur coup d’Etat, les militaires ont assuré que les législatives de novembre, remportées massivement par la LND, étaient entachées d'« énormes irrégularités », ce que la commission électorale dément.

Pressentant les événements, Aung San Suu Kyi avait préparé un message par anticipation, exhortant les Birmans à « ne pas accepter le coup d’Etat ». L’armée a promis d’organiser de nouvelles élections « libres et équitables », une fois que l’état d’urgence d’un an serait levé, mais les Birmans se montraient pessimistes. Les généraux restaient en tout cas silencieux face aux vives condamnations venues de l’étranger. Le président américain Joe Biden a appelé la communauté internationale à « parler d’une seule voix pour exiger de l’armée birmane qu’elle rende immédiatement le pouvoir », l’ONU et l’Union européenne condamnant unanimement le coup d’Etat. A l’inverse, Pékin a refusé de critiquer qui que ce soit, demandant simplement toutes les parties à « résoudre les différends ».

Paria à l’international

Le chef de l’armée Min Aung Hlaing, qui concentre désormais l’essentiel des pouvoirs, est un paria pour les capitales occidentales du fait de la répression sanglante menée par les militaires contre la minorité musulmane rohingya, un drame qui vaut à la Birmanie d’être accusé de « génocide » devant la Cour internationale de Justice (CIJ), la plus haute juridiction de l’ONU. Aung San Suu Kyi, très critiquée à l’international pour sa passivité dans cette crise qui a conduit des centaines de milliers de Rohingyas à se réfugier au Bangladesh, reste toutefois adulée dans son pays.

Longtemps exilée, « Mother Suu » est rentrée en Birmanie en 1988, devenant la figure de l’opposition face à la dictature militaire. Elle a passé 15 ans en résidence surveillée avant d’être libérée par l’armée en 2010. En 2015, la LND avait obtenu une large majorité et l’ex-dissidente avait été contrainte à un délicat partage du pouvoir avec l’armée encore très puissante. Malgré la crise des Rohingyas, l’Occident « doit respecter » le résultat des législatives de novembre qu’elle a remportées haut la main, estime Derek Mitchell, ex-ambassadeur des USA en Birmanie. « Ce n’est pas la personne, c’est le processus » démocratique qui est en jeu.