Pologne : La quasi-interdiction de l’avortement entre en vigueur

IVG D'immenses manifestations sont prévues en Pologne pour s'opposer à nouveau à cette loi 

J.-L.D. avec AFP

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Manifestation contre l'avortement en Pologne
Manifestation contre l'avortement en Pologne — Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA

Le gouvernement conservateur polonais a annoncé ce mercredi que l’arrêt du tribunal constitutionnel interdisant pratiquement l'avortement entrerait en vigueur après sa publication le même jour au Journal officiel, provoquant la colère des mouvements de défense des droits des femmes et de l’opposition.

« Le tribunal constitutionnel a présenté une justification écrite de l’arrêt sur la protection de la vie. Conformément aux exigences constitutionnelles, l’arrêt sera publié aujourd’hui dans le Journal officiel », a indiqué le Centre d’information du gouvernement sur Twitter.

Manifestations massives mais inefficaces

Le tribunal constitutionnel, réformé par les conservateurs au pouvoir, a proscrit en octobre l’interruption volontaire de grossesse en cas de malformation grave du fœtus, statuant qu’elle est « incompatible » avec la Constitution, ce qui aboutit à l’interdiction de tout IVG sauf en cas de viol ou d’inceste, ou lorsque la vie de la mère est en danger.

Depuis l’annonce de l’arrêt du tribunal, réformé par le parti ultra-catholique Droit et Justice (PiS), au pouvoir, et se conformant à ses souhaits le 22 octobre, des manifestations massives se poursuivent dans toute la Pologne contre cette mesure. Le gouvernement a suspendu la publication de l’arrêt, à la suite de ces protestations qui se déroulaient en pleine pandémie du coronavirus.

La guerre « polo-polonaise »

Des manifestations ont été annoncé ce mercredi soir devant le siège du tribunal constitutionnel à Varsovie, ainsi que dans plusieurs villes du pays. « Nous exhortons tout le monde à sortir dans la rue. (…) Exprimez votre colère comme bon vous semble », a déclaré à la presse mercredi Marta Lempart de la Grève des femmes, principal mouvement à l’origine des protestations.

« L’ensemble de la Pologne se mobilise, pas seulement Varsovie, nous sommes prêts ! Quand nous parlons de l’enfer des femmes, nous pouvons maintenant parler de l’enfer du gouvernement. Nous allons vous cuisiner un enfer », a ajouté Klementyna Suchanow, également de la Grève des femmes. Le président de PiS « Jaroslaw Kaczynski est responsable du déclenchement de la guerre polono-polonaise », a déclaré pour sa part Borys Budka, chef de la Plate-forme civique (centre libéral, opposition), « aucun gouvernement respectueux de la loi ne respectera cette pseudo-décision ».

Loi extrêmement restrictive

Selon lui, la publication de l’arrêt est « une provocation », et une tentative, de la part du gouvernement, « de cacher son incompétence » dans la lutte contre la pandémie du coronavirus et de « l’échec du programme de vaccination » (…) tout « en jouant avec la santé et la vie des femmes polonaises ».

La Pologne, pays majoritairement catholique, a une des lois les plus restrictives en matière de l’avortement en Europe. Aujourd’hui, il y a moins de 2.000 avortements légaux par an en Pologne, selon les données officielles. Les organisations féministes estiment par ailleurs qu’environ 200.000 IVG sont réalisées illégalement ou à l’étranger chaque année.