Coronavirus à Wuhan : Des proches de victimes disent recevoir des pressions pour ne pas parler aux experts de l'OMS

INSPECTION Des experts de l’Organisation mondiale de la santé sont à Wuhan pour enquêter sur les origines de la pandémie, mais la chose est rendue difficile par les autorités chinoises

20 Minutes avec AFP

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Lors de l'arrivée de l'équipe de l'OMS à l'aéroport de Wuhan.
Lors de l'arrivée de l'équipe de l'OMS à l'aéroport de Wuhan. — NICOLAS ASFOURI / AFP

Pots-de-vin ou intimidation : les autorités chinoises mettent sous pression des familles de victimes du Covid pour les dissuader d’entrer en contact avec les enquêteurs de l’OMS à Wuhan, affirment des proches de défunts. Plus d’un an après l’apparition du nouveau coronavirus dans la métropole du centre de la Chine, une équipe de l’Organisation mondiale de la santé est arrivée le 14 janvier à Wuhan pour enquêter sur l’origine de la pandémie.

Pékin s’efforce de convaincre que l’épidémie n’est pas apparue sur son sol et aurait pu être importée. Mais des proches de victimes accusent le régime communiste de tenter de les dissuader d’approcher les experts internationaux. Ces familles se sont rassemblées l’an dernier pour réclamer des sanctions pour les responsables locaux qui ont minimisé l’épidémie il y a un an, allant jusqu’à réprimander les tout premiers lanceurs d’alerte.

La justice juge les plaintes irrecevables

Plusieurs d’entre elles ont tenté de saisir la justice mais affirment que leurs plaintes ont été d’emblée jugées irrecevables. Depuis l’arrivée des experts de l’OMS, la pression des autorités s’est accrue, affirment-elles. Alors que près d’une centaine de parents de victimes échangeaient sur la messagerie WeChat, très populaire en Chine, leur groupe de discussion a été brutalement bloqué il y a une dizaine de jours, rapporte Zhang Hai, l’un des animateurs du mouvement. « Cela montre que [les autorités] sont très nerveuses. Elles redoutent que ces familles entrent en contact avec les experts de l’OMS. »

Comme d’autres réseaux sociaux en Chine, WeChat, géré par le géant de l’internet Tencent, bloque régulièrement les contenus jugés sensibles par le pouvoir. L’épidémie a officiellement tué 3.900 personnes à Wuhan, soit la grande majorité des morts enregistrés en Chine (4.636 décès). Le pays assure être parvenu à enrayer largement la pandémie dès le printemps, même si des cas limités ont éclaté ces dernières semaines dans certaines régions, avec moins de 90.000 malades selon les chiffres officiels.

Les familles demandent aux experts de l’OMS d’avoir le courage de les rencontrer

Beaucoup de proches de victimes disent douter de ces chiffres, affirmant que nombre d’entre elles ont succombé avant de pouvoir être formellement identifiées comme malades du coronavirus. Une retraitée, qui pense que sa fille a été tuée par le virus en janvier 2020, a raconté avoir été convoquée la semaine dernière par les autorités qui lui ont intimé l’ordre de ne « pas parler aux médias ni de se laisser manipuler ». « Après ça, elles sont venues chez moi hier, m’ont chanté la même chanson et donné 5.000 yuans (640 euros) au titre de condoléances », a-t-elle témoigné.

La mairie de Wuhan n’a pas répondu aux questions portant sur les demandes des familles. Quant à Zhang Hai, il appelle les experts de l’OMS à avoir « le courage » de rencontrer les familles, disant redouter que ces derniers se laissent embobiner par les autorités ou soient bloqués dans leur enquête. Selon lui, le témoignage des familles sur l’explosion du virus à Wuhan pourrait utilement éclairer les enquêteurs internationaux, au moment où Pékin cherche à évacuer toute responsabilité.