Tunisie : Des centaines de manifestants devant le Parlement barricadé

CRISE A l’intérieur du bâtiment, les députés ont validé un large remaniement du gouvernement. Le choix de certains ministres est contesté par le président de la République

20 Minutes avec AFP

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Confrontations entre la police et des manifestants, à Bardo le 26 janvier 2021.
Confrontations entre la police et des manifestants, à Bardo le 26 janvier 2021. — Noureddine Ahmed//SIPA

La protestation contre le gouvernement ne retombe pas en Tunisie. Des centaines de personnes ont manifesté mardi contre la classe politique et la répression policière notamment près du siège barricadé du Parlement à Tunis, où les députés ont validé un large remaniement du gouvernement.

Les parlementaires ont voté tard mardi la confiance aux onze nouveaux ministres, dont ceux de l’Intérieur, la Justice ou la Santé, en dépit des controverses sur plusieurs noms et des critiques acerbes du président de la République Kais Saied. Pour tenter de calmer le jeu, le chef du gouvernement Hichem Mechichi a assuré mardi soir que son cabinet écouterait les jeunes qui protestent.

Les 10 ans de la révolution

Dans la journée, des manifestants ont été empêchés d’arriver devant l’Assemblée, relégués à une rue adjacente par un très important dispositif policier. Certains députés ont protesté contre ce déploiement massif, appelant à davantage de dialogue.

Les manifestants protestent notamment contre la gestion sécuritaire du mouvement de contestation sociale qui a éclaté à la mi-janvier dans des zones marginalisées du pays, au lendemain du 10e anniversaire de la révolution qui a fait chuter le 14 janvier 2011 le dictateur Ben Ali. Les manifestations se sont depuis multipliées pour réclamer la libération des personnes arrêtées et une meilleure politique sociale. Il faut dire que le chômage touche plus d’un jeune sur trois et les restrictions sanitaires ont accentué la crise sociale en détruisant des dizaines de milliers d’emplois.

Les troubles qui s’étaient atténués durant le week-end, ont repris mardi à Sbeïtla, dans une région marginalisée du centre tunisien, au lendemain du décès d’un jeune blessé la semaine dernière par une cartouche de gaz lacrymogène lors d’une manifestation. Des habitants ont lancé des pierres et la police a tiré du gaz lacrymogène en marge des funérailles du jeune homme. Au Parlement, certains députés d’opposition ont brandi son portrait.

Conflit entre le président et son Premier ministre

Surtout, le remaniement a ravivé les divisions et animosités qui paralysent la classe politique. Signe des clivages grandissants, le président Kais Saied a critiqué lundi soir le futur exécutif, regrettant ne pas avoir été consulté. Il a fustigé l’absence de femmes parmi les ministres proposés et accusé l’un des ministres choisis d’être « lié à une affaire de corruption » et trois autres d’être soupçonnés de « conflit d’intérêts », sans préciser de noms.

Hichem Mechichi, nommé en août par le président Saied, avait initialement composé une équipe comprenant de nombreux fonctionnaires ou universitaires, dont certains proches du président. Mais il s’est progressivement éloigné de Kais Saied, jusqu’à recomposer son équipe avec l’appui d’Ennahdha, le principal parti au Parlement, qui mène un bras de fer avec le président.