Coronavirus en Inde : L’afflux de fake news menace la campagne de vaccination

FAKE NEWS Seulement 53 % des personnes appelées à se faire vacciner se sont présentées lors des deux premiers jours de la campagne à New Delhi

20 Minutes avec AFP

— 

Un centre de test Covid en Inde le 7 septembre 2020.
Un centre de test Covid en Inde le 7 septembre 2020. — Channi Anand/AP/SIPA

L’afflux de fausses informations sur les réseaux sociaux en Inde, allant des vidéos trafiquées aux canulars absurdes en passant par les rumeurs les plus farfelues, nourrit la méfiance du public et menace la campagne de vaccination contre le coronavirus.

Une profonde suspicion existe déjà en Inde à l’égard des programmes de santé du gouvernement, et les craintes sont exacerbées par l’afflux croissant d’infox, préviennent les experts.

Des stars vaccinées pour montrer l’exemple

Seulement 53 % des personnes appelées à se faire vacciner se sont présentées lors des deux premiers jours de la campagne à New Delhi, s’est alarmé le ministre de la Santé de la ville, Satyendar Jain. « Les gens ont très peur. Nous ne pouvons forcer personne à se faire vacciner, c’est sur la base du volontariat », a déclaré un médecin de l’Etat de l’Haryana (nord), sous couvert de l’anonymat.

Le médecin Harsh Vardhan, ministre national de la Santé, a demandé à plusieurs reprises aux autorités locales et nationales de démentir « les rumeurs et les campagnes de désinformation ». Et pour le lancement de la campagne de vaccination samedi, il a changé le message de son compte Twitter devenu : « les vaccins fonctionnent : veillez à vous informer, veillez à votre sécurité ». Des superstars de Bollywood, dont Amitabh Bachchan et Priyanka Chopra Jonas, sont montées au créneau en faveur de la vaccination sur les réseaux sociaux.

Le poids du passé

La situation s’est encore aggravée avec de véritables doutes exprimés par le milieu médical à l’égard du Covaxin, l’un des deux vaccins utilisés dans la campagne de vaccination indienne, développé localement et « approuvé en urgence », avant la fin des essais cliniques de phase 3. L’autre vaccin de la campagne est le Covishield, une version du vaccin d’AstraZeneca et de l’Université d’Oxford, fabriqué par le Serum Institute of India (SII), le plus grand fabricant de vaccins au monde.

Quelques heures après l’approbation des deux vaccins, un flux de fausses informations s’était répandu au point que le contrôleur général des médicaments d’Inde avait dû s’exprimer pour démentir, les qualifiant de « bêtises absolues ». Des rumeurs sur des cas de stérilité consécutifs à des vaccinations ont longtemps miné les efforts d’immunisation de l’Inde, y compris contre la polio, la rougeole et la rubéole, se souvient le virologue Gagandeep Kang du Wellcome Trust Research Laboratory, au Tamil Nadu (sud).

Les communautés musulmanes ciblées

Des politiques gouvernementales désastreuses par le passé n’ont pas favorisé un climat de confiance. Dans certaines communautés où les systèmes de santé étaient déjà peu solides, la mise en œuvre de campagne contre la polio au début des années 2000 avait fait resurgir le souvenir des stérilisations forcées pendant l’état d’urgence de 1975 à 1977, notamment au sein de certaines communautés musulmanes de l’État d’Uttar Pradesh, effrayées que la campagne ne cache une forme de contrôle de la population.

Selon les experts, le succès de l’éradication de la polio en 2014 a nécessité l’implication des chefs religieux et communautaires locaux pour gagner la confiance du public. Les communautés musulmanes ont aussi été la cible de fausses informations sur le Covid-19. Des vidéos truquées ont ainsi notamment mis en scène des musulmans léchant des fruits avant de les vendre, ou ne respectant pas le confinement.